Comment signaler un enseignant violent à l’Éducation nationale : modèle de lettre pour les parents

Un enseignant qui humilie un enfant, le prive de récréation, lui impose des punitions collectives ou l’empêche d’aller aux toilettes peut accentuer son sentiment d’insécurité. Lorsqu’un enfant passe de longues heures loin de ses parents, ces pratiques peuvent rendre son quotidien encore plus difficile et fragiliser la confiance qu’il accorde aux adultes.

Certaines violences commises à l’école sont tellement banalisées qu’elles ne sont même plus identifiées comme telles. Des parents découvrent ainsi que des pratiques qu’ils ont eux-mêmes subies pendant leur enfance continuent d’être présentées comme normales, alors qu’elles peuvent porter atteinte à la dignité et au bien-être des élèves.

Comment reconnaître ces situations ? Quels sont les droits des enfants ? Quels textes permettent d’appuyer un signalement ? Et comment agir lorsque plusieurs élèves sont concernés par les pratiques d’un même enseignant ?

Cet article détaille plusieurs formes de violences éducatives à l’école, leurs conséquences possibles sur les enfants et les alternatives dont disposent les enseignants. Il propose également un modèle de lettre à adresser à l’Éducation nationale pour signaler des faits préoccupants, en s’appuyant notamment sur les textes de lois.

Quelles sont les violences éducatives à l’école ?

Une violence éducative ne se limite pas aux coups. Elle peut prendre la forme de paroles humiliantes, de privations, de menaces, de contraintes disproportionnées ou de pratiques qui ne respectent pas les besoins fondamentaux des enfants.

La Convention internationale des droits de l’enfant rappelle, dans son article 28, que la discipline scolaire doit être appliquée d’une manière compatible avec la dignité de l’enfant. Le règlement type des écoles maternelles et élémentaires publiques précise également que les élèves ont droit à un accueil bienveillant et non discriminant et que tout châtiment corporel ou traitement humiliant est strictement interdit.

Textes de référence :

Il faut distinguer les pratiques explicitement encadrées par des textes, celles qui peuvent être interdites en application de principes généraux et celles qui, sans être nommément interdites, peuvent contribuer à un environnement éducatif violent.

Cette distinction est importante pour rédiger un courrier crédible : un parent peut dénoncer une pratique préoccupante sans affirmer qu’elle constitue automatiquement une infraction pénale.

1. Les violences explicitement encadrées ou interdites par les textes

Priver un enfant de récréation pendant toute la durée de la pause

La récréation n’est pas une récompense que l’enfant doit mériter. Elle constitue un temps de pause, de mouvement, de jeu et de socialisation au cours de la journée scolaire.

Priver un enfant de la totalité de sa récréation pour le punir le prive d’un temps nécessaire pour bouger, se détendre et retrouver ses camarades. Cette pratique est particulièrement préoccupante lorsqu’elle est répétée ou utilisée pour sanctionner des comportements ordinaires liés à l’âge, à la fatigue ou aux besoins particuliers de l’enfant.

L’enfant peut ressentir de la frustration, de l’injustice ou de la honte. Il peut également finir par associer l’école à un environnement dans lequel ses besoins passent systématiquement après les exigences de l’adulte.

Ce que dit le texte officiel

Le règlement type départemental des écoles maternelles et élémentaires publiques précise explicitement :

« On veillera à ce qu’un élève ne soit pas privé de la totalité de la récréation à titre de punition. »

La formulation est importante : cette pratique fait l’objet d’une disposition spécifique dans le texte ministériel applicable au fonctionnement des écoles publiques.

Que faire à la place ?

L’enseignant peut chercher à comprendre ce qui s’est passé, expliquer les conséquences du comportement et accompagner l’enfant dans la recherche d’une solution. Si un incident nécessite une intervention, celle-ci devrait être proportionnée, dans le respect des besoins de l’enfant, ainsi que de sa dignité ; et ne pas priver l’enfant de son temps de pause.

Consulter le règlement type officiel.

Recourir aux violences physiques ou aux traitements humiliants

Les violences dîtes éducatives ne sont pas nécessairement physiques. Une humiliation publique, des insultes, des moqueries répétées ou des paroles visant à rabaisser un enfant peuvent également porter atteinte à sa dignité.

Un enfant qui se fait crier dessus, ridiculiser devant ses camarades ou menacer peut ressentir de la peur, de la honte et de l’impuissance. Lorsque ces situations se répètent, il peut chercher à éviter l’adulte, cacher certains de ses comportements ou ne plus oser demander de l’aide.

Ce que disent les textes

Le règlement type des écoles maternelles et élémentaires publiques est explicite : « tout châtiment corporel ou traitement humiliant est strictement interdit ».

Il rappelle également qu’aucune violence physique ou verbale ne saurait être tolérée dans l’école.

Selon les circonstances, la gravité et la répétition des faits, d’autres dispositions peuvent s’appliquer, notamment celles du Code pénal relatives aux violences ou au harcèlement moral.

Que faire à la place ?

L’enseignant peut exprimer un désaccord sans attaquer la personne de l’enfant, décrire les faits observés et expliquer les limites nécessaires à la vie collective. Il peut accueillir les émotions de l’enfant tout en veillant à ce que les besoins et les limites de chacun soit respectés.

Imposer des devoirs écrits excessifs à la maison en primaire

Les devoirs peuvent devenir une source importante de fatigue et de tensions familiales, notamment lorsque les enfants passent déjà une journée entière à l’école.

Il faut distinguer les leçons à apprendre, la lecture ou le travail oral (poésie etc) des exercices écrits à réaliser à la maison. Ces pratiques ne relèvent pas du même cadre.

Ce que disent les textes officiels

La circulaire ministérielle du 29 décembre 1956 indiquait qu’aucun devoir écrit, obligatoire ou facultatif, ne devait être demandé aux élèves hors de la classe. La circulaire du 6 septembre 1994 a également rappelé que les élèves de l’école élémentaire n’avaient pas de devoirs écrits en dehors du temps scolaire et que le travail donné à la maison devait se limiter à un travail oral ou à des leçons à apprendre.

Ces références ministérielles sont importantes pour signaler une pratique qui ne respecte pas le cadre applicable. Il faut toutefois éviter d’affirmer que toute activité écrite à domicile constitue automatiquement une infraction pénale.

Quelles conséquences pour l’enfant ?

Une quantité excessive de devoirs peut empiéter sur le temps de repos, de jeu et de vie familiale. Elle peut aussi provoquer des conflits entre parents et enfants.

Les enfants qui rencontrent des difficultés d’apprentissage ou qui ont besoin de davantage de temps peuvent être particulièrement pénalisés.

Que faire à la place ?

L’enseignant peut prévoir les exercices écrits pendant le temps scolaire, proposer des leçons adaptées et tenir compte de la fatigue des élèves. Si les devoirs sont excessifs, les parents peuvent conserver les consignes, noter le temps nécessaire à leur réalisation et demander des explications à l’équipe pédagogique.

Consulter le rapport de l’Éducation nationale sur le travail hors de la classe et les textes historiques relatifs aux devoirs.

Exercer des violences répétées pouvant relever du harcèlement moral

Il arrive que des comportements isolément présentés comme des remarques, des sanctions ou des exigences pédagogiques s’accumulent et deviennent particulièrement destructeurs pour un enfant.

Des humiliations répétées, des propos dévalorisants ou des comportements qui dégradent durablement ses conditions de vie peuvent, selon les circonstances, relever du harcèlement moral.

L’enfant peut développer une peur persistante de l’école, perdre confiance en lui, présenter des troubles du sommeil ou manifester une détresse psychologique. Ces conséquences ne sont pas systématiques, mais elles doivent être prises au sérieux.

Ce que dit la loi

L’article 222-33-2-3 du Code pénal prévoit spécifiquement le harcèlement scolaire, y compris lorsque les faits sont commis à l’encontre d’un élève par une personne qui exerce une activité professionnelle au sein du même établissement.

La qualification dépend notamment de la nature des faits, de leur répétition et de leurs conséquences.

Consulter l’article 222-33-2-3 du Code pénal sur Légifrance.

Que faire à la place ?

L’enseignant peut traiter les difficultés au fur et à mesure, sans installer une relation fondée sur la peur ou le rabaissement. Lorsqu’un conflit persiste, il peut demander l’aide des professionnels compétents et mettre en place un accompagnement adapté.

Si les parents soupçonnent des violences répétées, ils peuvent consigner les faits, conserver les preuves disponibles et saisir les services compétents.

Isoler un enfant sans surveillance

Un enfant dont le comportement perturbe la classe peut parfois avoir besoin de s’éloigner temporairement d’une situation conflictuelle. Mais cette mesure ne doit pas se transformer en abandon ou en mise à l’écart dangereuse.

L’isolement peut devenir particulièrement inquiétant si l’enfant est laissé seul, sans surveillance, dans un couloir ou une autre pièce.

Ce que dit le texte officiel

Le ministère de l’Éducation nationale précise qu’un élève ne doit à aucun moment être laissé seul et sans surveillance.

Consulter les dispositions officielles sur le règlement intérieur à l’école.

Que faire à la place ?

L’enseignant peut accompagner l’enfant dans un espace adapté, temporairement et sous surveillance, afin de l’aider à retrouver son calme. L’objectif doit être de protéger les personnes et de permettre la reprise des activités, pas d’humilier ou d’abandonner l’enfant.

2. Les violences qui ne font pas l’objet d’une interdiction spécifique portant exactement leur nom

Les pratiques présentées dans cette deuxième partie ne sont pas toutes expressément interdites par un texte qui les désignerait mot pour mot. Cela ne signifie pas qu’elles sont autorisées ou qu’elles sont sans conséquence.

L’accumulation de plusieurs pratiques préoccupantes peut renforcer le signalement d’un parent. Elle peut aider à montrer qu’il ne s’agit pas simplement d’un désaccord ponctuel sur une méthode pédagogique, mais éventuellement d’un fonctionnement éducatif répétitif qui affecte plusieurs dimensions du quotidien des enfants.

Le contenu du courrier peut également être plus convaincant lorsqu’il est lu par une personne qui connaît les violences faites aux enfants, leurs mécanismes et leurs conséquences possibles. C’est pourquoi il est utile de décrire les faits avec précision, de les relier aux textes de lois pertinents et de fournir des éléments concrets.

Il ne s’agit pas de présenter chaque pratique comme illégale par principe. Il s’agit de permettre à l’administration d’examiner l’ensemble de la situation et de déterminer si les faits contreviennent aux obligations professionnelles, aux droits des élèves ou à la loi.

Punir collectivement toute une classe

Lorsqu’un enseignant punit toute une classe pour le comportement de quelques élèves, il fait subir une conséquence à des enfants qui ne sont pas nécessairement responsables des faits reprochés.

Priver tout le monde de récréation, imposer des lignes à l’ensemble du groupe ou menacer tous les élèves pour découvrir qui a commis une bêtise revient à faire du groupe un moyen de pression.

Cette pratique peut provoquer des tensions entre camarades, de la colère et un sentiment d’injustice. Elle peut aussi pousser les enfants à dénoncer leurs pairs, à les accuser sans preuve ou à exercer une pression sur eux pour éviter une nouvelle punition collective.

Que dit la réglementation ?

Le règlement type des écoles publiques exige que les mesures de réprimande aient une visée éducative (lol ? comment une réprimande pourrait-elle être éducative? bref ça fera l’objet d’un nouvel article) et soient adaptées aux situations. Il rappelle aussi que les réprimandes ne doivent pas porter atteinte à l’intégrité morale ou physique d’un enfant.

Une disposition générale ne suffit pas à affirmer que toute mesure collective est automatiquement illégale dans n’importe quelle circonstance. Toutefois, une punition indistincte, sans lien avec la responsabilité individuelle des enfants, mérite d’être examinée au regard de sa finalité et de ses conséquences.

Que faire à la place ?

L’enseignant peut écouter les personnes concernées, chercher à comprendre les faits et intervenir auprès des enfants directement impliqués. Lorsqu’un conflit concerne plusieurs élèves, il peut organiser un échange adapté à leur âge et les accompagner vers une solution.

Exiger systématiquement une permission pour aller aux toilettes

Les besoins physiologiques ne devraient pas devenir un moyen de contrôle coercitif.

Un enfant qui doit attendre longtemps l’autorisation d’aller aux toilettes peut ressentir de l’inconfort, de l’angoisse ou de la honte. S’il craint de demander, il risque de se retenir, de subir un accident ou de ne plus oser signaler un besoin urgent.

Il faut distinguer l’organisation raisonnable d’une classe — par exemple, demander à un élève d’attendre quelques instants lorsqu’une situation de sécurité l’exige — d’un refus systématique ou d’une interdiction qui ne tient pas compte de l’urgence.

Que dit la réglementation ?

Il n’existe pas de règle nationale imposant que chaque enfant puisse quitter la classe à n’importe quel moment, sans aucune organisation. En revanche, les besoins physiologiques, la santé et la dignité des élèves doivent être pris en compte. Un refus systématique ou une restriction disproportionnée peut justifier un signalement, notamment si elle entraîne des conséquences physiques ou psychologiques.

Que faire à la place ?

L’enseignant peut organiser les déplacements pour limiter les perturbations tout en permettant à chaque enfant de signaler un besoin urgent. Les situations médicales particulières doivent être prises en considération, et aucun enfant ne devrait être humilié pour un accident.

Construire un règlement de classe uniquement autour des interdictions

« Ne pas parler. Ne pas bouger. Ne pas courir. Ne pas déranger. Ne pas toucher. Ne pas faire de bruit. » … ne surtout pas respirer… bref ne surtout pas être un enfant finalement !

Un règlement composé presque exclusivement d’interdictions peut donner à l’enfant le sentiment que ses initiatives, ses mouvements et ses prises de parole sont constamment indésirables.

L’expression des besoins et limites de chacun est nécessaire à la vie collective. Toutefois, lorsque cela est uniquement formulé en termes négatifs, sans explication ni indication de ce qui est attendu, cela risque de transformer la journée en une succession de comportements à réprimer.

L’enfant peut alors avoir du mal à comprendre le sens des règles et développer la peur de commettre une erreur. Les enfants qui ont besoin de bouger, de verbaliser ou de disposer de davantage de temps pour réguler leurs émotions peuvent être particulièrement mis en difficulté.

Que dit la réglementation ?

Aucun texte national n’interdit de rédiger une règle en commençant par « ne pas ». Le règlement intérieur doit néanmoins respecter les droits des élèves et s’inscrire dans un cadre éducatif adapté. Les règles ne peuvent pas justifier des traitements humiliants ou discriminatoires.

Que faire à la place ?

L’enseignant peut expliquer le sens des règles, formuler des attentes positives et aider les enfants à comprendre comment vivre ensemble. Par exemple, « ne pas crier » peut être remplacé par « utiliser une voix adaptée calme nous aide à nous concentrer sur l’activité », tandis que « ne pas toucher au matériel des autres » peut devenir « demander l’autorisation avant d’emprunter un objet ».

L’objectif n’est pas de supprimer les limites, mais de les rendre compréhensibles et de permettre aux enfants de développer leur autonomie.

Pour approfondir cette approche, consultez Marshall Rosenberg et l’utilisation de la CNV en classe.

Installer une relation de méfiance entre l’adulte et l’enfant

Un enfant devrait pouvoir demander de l’aide, reconnaître une erreur ou exprimer une difficulté sans craindre une humiliation ou une punition.

Lorsque la relation repose principalement sur les menaces, la contrôle coercitif, la peur de la sanction, l’enfant peut apprendre à dissimuler ses erreurs plutôt qu’à demander de l’aide. Il peut également hésiter à parler de ce qu’il vit, de peur que sa parole entraîne de nouvelles difficultés.

Les conséquences possibles sont multiples : stress, perte de confiance, anxiété à l’idée d’aller en classe, difficultés à exprimer ses émotions ou méfiance envers les adultes.

Que dit la réglementation ?

L’article 28 de la Convention internationale des droits de l’enfant exige que la discipline scolaire soit compatible avec la dignité de l’enfant. Le règlement type des écoles publiques interdit les traitements humiliants.

Ces textes ne garantissent pas qu’un enfant ne ressentira jamais de peur ou de frustration à l’école. Ils rappellent cependant que le cadre éducatif ne peut pas justifier des pratiques portant atteinte à sa dignité.

Que faire à la place ?

L’enseignant peut écouter l’enfant, lui expliquer les limites et les attentes sans l’humilier, et lui permettre de raconter son point de vue. La communication non violente propose notamment d’observer les faits sans jugement, d’identifier les émotions et les besoins, puis de chercher une solution respectueuse des personnes concernées.

À lire sur School It Yourself : Marshall Rosenberg et l’utilisation de la CNV en classe.

Humilier un enfant à propos de son odeur corporelle

Dire à un enfant qu’il « pue » et qu’il devrait acheter du déodorant peut être profondément humiliant, surtout si la remarque est formulée devant les autres élèves ou sur un ton moqueur.

L’hygiène corporelle est un sujet sensible. Un enfant peut avoir besoin d’informations adaptées à son âge, rencontrer des difficultés matérielles ou traverser des changements corporels. Certaines particularités sensorielles ou médicales peuvent également rendre le sujet plus délicat.

Une remarque dévalorisante ne permet pas nécessairement de résoudre le problème. Elle risque au contraire de susciter de la honte, d’alimenter les moqueries et de fragiliser l’image que l’enfant a de lui-même.

Que dit la réglementation ?

Le règlement type des écoles publiques interdit les traitements humiliants. Une remarque isolée ne reçoit pas automatiquement une qualification juridique précise, mais son contenu, son contexte, son caractère public, sa répétition et ses conséquences doivent être pris en compte.

Si les propos deviennent répétés et s’inscrivent dans une situation de harcèlement, d’autres dispositions peuvent également être pertinentes, selon les faits.

Que faire à la place ?

Si une difficulté d’hygiène doit être abordée, l’adulte peut le faire en privé, avec tact, sans jugement ni moquerie. Il peut chercher à comprendre la situation et, si nécessaire, proposer une aide adaptée. L’enfant ne devrait jamais être exposé publiquement pour une question concernant son corps.

Recopier des lignes à titre de punition

« Tu copieras cent fois : je ne dois pas bavarder. »

La copie de lignes est une pratique ancienne, parfois présentée comme une « sanction à visée éducative ». Pourtant, recopier mécaniquement une phrase ne permet absolument pas à l’enfant de comprendre ce qui s’est passé ni de développer de nouvelles compétences relationnelles.

Selon la situation, l’enfant peut ressentir de la colère, de l’injustice ou de l’impuissance. Il peut surtout apprendre à éviter la sanction plutôt qu’à réfléchir aux conséquences de ses actes.

Que dit la réglementation ?

Il n’existe pas de disposition nationale unique qui interdise explicitement toute copie de lignes dans chaque situation. En revanche, les mesures disciplinaires à l’école primaire doivent avoir une visée éducative, être adaptées à l’âge de l’élève et ne pas porter atteinte à son intégrité morale ou physique.

La légalité d’une punition doit donc être examinée selon ses modalités, son caractère humiliant ou disproportionné et le règlement applicable.

Que faire à la place ?

L’enseignant peut proposer une discussion adaptée à l’âge de l’enfant, lui expliquer les conséquences de son comportement ou l’inviter à réparer un tort lorsqu’une personne a été blessée. L’objectif devrait être de développer la compréhension et les capacités relationnelles, pas de faire souffrir en retour.

Comment signaler les faits à l’Éducation nationale ?

La première étape consiste à écouter l’enfant sans minimiser ce qu’il raconte et sans lui suggérer les réponses attendues.

Vous pouvez lui poser des questions ouvertes :

  • « Peux-tu me raconter ce qui s’est passé ? »
  • « Qu’est-ce qui s’est passé ensuite ? »
  • « Comment as-tu vécu ce moment ? »
  • « Est-ce que cela s’est déjà produit auparavant ? »

Notez ses paroles aussi fidèlement que possible, en distinguant ce qu’il vous rapporte de ce que vous avez constaté personnellement.

Conservez les éléments disponibles : messages, consignes écrites, cahiers, dates des punitions et échanges avec l’école. Un journal chronologique peut aider à établir la fréquence des faits et leur évolution.

Vous pouvez contacter la direction de l’école ou l’enseignant si cela vous semble approprié et sans risque pour l’enfant. Si les faits sont graves, répétés, impliquent directement la direction ou font craindre des représailles, vous pouvez saisir directement l’inspecteur ou l’inspectrice de l’Éducation nationale (IEN) de la circonscription ou les services départementaux de l’Éducation nationale (DSDEN).

En cas de danger immédiat ou de violences graves, ne vous limitez pas à un courrier administratif : contactez les services compétents de protection de l’enfance ou les autorités judiciaires selon la situation.

Pourquoi est-il important de recenser les autres enfants concernés ?

Lorsqu’un enseignant adopte des pratiques répétées, plusieurs élèves peuvent être concernés. Les familles découvrent parfois que leurs enfants racontent des situations très similaires, sans avoir eu l’occasion d’en parler entre elles.

Il peut donc être utile de proposer aux autres parents de recueillir leurs propres témoignages et de dresser une liste des enfants concernés.

Cette liste peut préciser :

  • le prénom de l’enfant et sa classe ;
  • les faits rapportés ou constatés ;
  • les dates ou périodes approximatives ;
  • les éventuels témoins ;
  • les conséquences observées ;
  • les coordonnées du parent qui accepte d’être recontacté.

L’objectif est de permettre aux services compétents de comprendre si les incidents sont isolés ou s’inscrivent dans un fonctionnement plus général.

Chaque famille doit pouvoir décrire ce que son enfant a vécu ou ce dont elle a été directement témoin. Les témoignages individuels sont précieux, car ils permettent de distinguer les expériences personnelles et de confronter les éléments recueillis.

Évitez de diffuser publiquement les noms des enfants, leurs récits ou les accusations visant une personne. Privilégiez la confidentialité et transmettez les informations aux interlocuteurs compétents.

Si plusieurs parents souhaitent écrire ensemble, ils peuvent signer un courrier commun et joindre des témoignages distincts. Cette démarche permet de faire entendre plusieurs voix sans effacer les expériences individuelles.

Modèle de lettre pour signaler un enseignant à l’Éducation nationale

Le modèle ci-dessous peut être adapté pour un courrier adressé à l’IEN, à la DSDEN ou au rectorat. Pour une école maternelle ou élémentaire publique, l’IEN de circonscription et la DSDEN sont généralement des interlocuteurs pertinents.


[Nom et prénom du parent]
[Adresse]
[Téléphone et adresse électronique]

À l’attention de [Madame/Monsieur l’Inspecteur·rice de l’Éducation nationale / Madame/Monsieur le Directeur académique des services de l’Éducation nationale]

[Ville], le [date]

Objet : Signalement de pratiques préoccupantes concernant des élèves de l’école [nom de l’établissement]

Madame, Monsieur,

Je vous adresse ce courrier afin de porter à votre connaissance plusieurs faits préoccupants concernant les pratiques de [Madame/Monsieur, nom de l’enseignant·e], qui exerce au sein de l’école [nom et adresse de l’établissement], dans la classe de [niveau].

Mon enfant, [prénom et nom], est scolarisé dans cette classe. Depuis [période concernée], il m’a rapporté plusieurs situations qui soulèvent des inquiétudes quant au respect de sa dignité, de ses besoins et de son bien-être à l’école.

Les faits que je souhaite porter à votre attention sont les suivants :

  • [Date ou période] : [description précise du fait, des circonstances et des paroles rapportées].
  • [Date ou période] : [description d’une autre situation, en précisant si possible les témoins].
  • [Date ou période] : [description d’une éventuelle répétition ou d’un autre comportement préoccupant].

Parmi les pratiques signalées figurent notamment [privation de récréation, copie de lignes, punitions collectives, restrictions concernant l’accès aux toilettes, propos humiliants, quantité excessive de devoirs écrits ou autres faits pertinents].

Je souhaite que ces éléments soient examinés au regard des droits des élèves, des obligations professionnelles des personnels et des règles applicables dans les écoles.

[Si d’autres familles ont accepté de témoigner : « Plusieurs autres familles m’ont également fait part de situations préoccupantes concernant leurs enfants. Des témoignages distincts vont sont transmis afin de permettre un examen plus complet des faits. »]

Ces situations suscitent chez mon enfant [décrire les conséquences constatées : peur de se rendre à l’école, pleurs, perte de confiance, manifestations de stress ou autres changements observés] et m’amènent à m’interroger sur les conditions dans lesquelles les élèves sont accueillis et accompagnés.

Je vous demande donc de bien vouloir examiner ce signalement, de recueillir les éléments nécessaires à l’établissement des faits et de m’indiquer les mesures qui pourront être prises pour garantir le respect et le bien-être des enfants concernés.

Je souhaite également que des mesures adaptées soient envisagées afin d’éviter la répétition des situations rapportées et de protéger les élèves concernés contre d’éventuelles représailles.

Vous trouverez en pièces jointes [liste des documents, témoignages, échanges écrits ou autres éléments utiles].

Je reste à votre disposition pour fournir des informations complémentaires et échanger avec vos services sur cette situation.

Je vous remercie de l’attention portée à ce signalement et vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes salutations respectueuses.

[Signature]


Quelques conseils avant d’envoyer le courrier

Restez aussi précis que possible. Indiquez les dates, les circonstances, les paroles rapportées et les conséquences observées. Distinguez clairement ce que vous avez constaté personnellement de ce que d’autres personnes vous ont raconté.

Conservez une copie de chaque document. Gardez le courrier envoyé, les pièces jointes et les éventuelles réponses. Un envoi permettant de conserver une preuve de transmission et de réception peut être utile.

Ne restez pas seul face à la situation. Si d’autres parents sont concernés, échangez avec eux dans un cadre respectueux de la confidentialité. Des témoignages indépendants et précis sont plus utiles qu’une accusation collective imprécise.

Demandez des mesures concrètes. Le but du signalement n’est pas uniquement de dénoncer des pratiques passées : il est aussi de faire examiner la situation et de protéger les enfants à l’avenir.

Pour aller plus loin : une école sans violence est-elle possible ?

Pour approfondir ces questions, découvrez la catégorie Posture respectueuse (école alternative sans violence) sur School It Yourself. Vous y trouverez plusieurs ressources sur les violences institutionnelles, la communication non-violente, les émotions et la place des parents dans l’environnement scolaire.

Parce qu’aucun enfant ne devrait avoir à choisir entre apprendre et préserver sa dignité, les familles doivent pouvoir faire entendre leur voix et demander que les besoins, les droits et la sécurité émotionnelle des enfants soient réellement pris en compte.

Illustration par : @amphigary (instagram) / @amphigary (facebook) / amphigary@icloud.com


Ce site vous est utile ?
Comment nous aider :
▶ Partagez nos articles à votre entourage
▶ Soutenez-nous en faisant un don via PayPal.
▶ Retrouvez @vivreenfamille sur facebook, instagram et twitter !
▶ Découvrez nos playlists sur youtube

Laisser votre commentaire

Nous vous recommandons également