Violences Éducatives Ordinaires : Pourquoi les punitions, récompenses, menaces et le chantage sont néfastes ?

Qu’est-ce qui cloche dans le système éducationnel qui fonde notre société ?

Nous avons la chance de vivre à une époque où le développement des neurosciences, ainsi que de la psychologie de l’enfant, viennent remettre en cause les anciennes pratiques dont beaucoup de parents d’aujourd’hui ont souffert. Pendant longtemps, les gens croyaient qu’il fallait souffrir pour expier une faute, et ce, dès le berceau. On punit parfois sans savoir pourquoi, sans être sûr de la responsabilité de l’individu qui est puni, et en sachant par contre (pour l’avoir nous-même vécu) que cela ne sert à rien d’autre que de faire souffrir un peu plus l’enfant victime de la punition. Oui mais voilà, c’est ancré dans la norme et dans l’histoire collective.

Pourquoi c’est néfaste : Punir peut être arbitraire, on peut punir par erreur, on peut faire du favoritisme (même inconscient) au sein de la fratrie. On est influencé par notre état intérieur (fatigue, surmenage, agacement) qui va engendrer une réaction démesurée et donc dangereuse pour l’enfant. En outre, la punition ne répond pas au besoin de l’enfant derrière le comportement. En revanche, la répétition des punitions va installer nombre d’émotions négatives sur le long terme – frustration, colère, rancœur, repli sur soi, et, pour les plus âgés (à partir de la pré-adolescence), désir de vengeance.

La punition fait culpabiliser l’enfant, elle est humiliante, une souffrance inutile. Elle est tout à l’opposé d’un accompagnement respectueux. La punition est juste satisfaisante pour l’adulte, parce qu’elle lui permet d’établir son pouvoir sur l’enfant. Elle fait souvent écho à un souci dans l’histoire du parent de l’époque où il était lui-même enfant, et n’appelle en rien à comprendre le besoin de chacun. Ceci, au contraire, va favoriser l’empathie. Le parent pourra alors accompagner l’enfant en choisissant ensemble la mise en place de nouvelles stratégies qui répondent aux besoins de chacun. L’enfant qui est confronté à l’autorité, son problème (celui qui a conduit au geste puni), n’est ni entendu, ni compris, ni pris en compte. Il peut également s’agir de l’expression d’un besoin non-comblé ou une émotion exprimée d’une manière qui ne répond pas à nos besoins -sécurité, calme- d’adulte (cris, coups, etc). En revanche, s’impriment dans le cerveau de l’enfant, des valeurs et des émotions négatives, qui vont affecter durablement, lorsque les punitions sont répétées, son système neuronal.

En effet, à chacune de nos expériences, les neurones réagissent, y compris dans le cerveau des plus jeunes : des synapses se créent, d’autres se renforcent, de nouvelles connexions se font, d’autres se défont. C’est pour cela que l’on dit que le cerveau est malléable. Le rôle des parents est donc primordial : s’ils répètent des gestes ou paroles violentes, l’enfant les imprime et les ancre dans son cerveau. En revanche, cela marche aussi dans l’autre sens. Lorsque vous passez de bons moments en famille ou entre amis, lorsque vous dîtes je t’aime à votre enfant, lorsque vous jouez ensemble : cela crée des connexions neuronales positives, qui alimenteront les hormones du bonheur, ainsi que les capacités de l’individu à nouer des relations sociales. 

Le cerveau se transforme, se modèle, en fonction de notre vécu, de nos centres d’intérêt.

Dan Siegel

Malheureusement, punir les enfants, fait parfois « du bien » à certains parents. Ils sont prisonniers des humiliations subies dans leur propre enfance. Reproduire les schémas dont ils ont été victimes représente une sorte de vengeance (c’est alors l’enfant intérieur qui s’exprime), une forme d’expiation, de “justice rendue” : « On me l’a fait, donc je peux le faire, et puis de toute façon j’en suis pas mort ! ». C’est aussi se donner du pouvoir quand on n’en a jamais eu ; c’est, à son tour, prendre l’ascendant sur une autre personne, dominer, être le plus fort, le contrôler : la punition n’est rien d’autre qu’un rapport de force.

Est-ce vraiment le genre de relation que vous voulez entretenir avec vos enfants ?

C’est malheureusement inévitable pour quelqu’un qui n’a fait aucun travail psychologique avant de devenir parent et qui a été maltraité et dominé par un ou ses parents durant sa propre enfance. C’est ce que l’on appelle la mémoire traumatique. Connaître notre propre histoire, cesser de refouler et entamer une thérapie est alors salvateur.

(cf Alice Miller, « Notre corps ne ment jamais »). 

Punir un enfant est une lutte contre le sentiment d’impuissance.

Isabelle Filliozat

Punir est aussi pour les parents une manière de se donner l’illusion qu’ils contrôlent les comportements de leur progéniture (qui en réalité, les dépassent).

Bêtise, caprice, sont des mots inventés par les adultes pour désigner des comportements d’enfants que leurs parents ne comprennent pas, qu’ils essayent de gérer au lieu de les accompagner. Des comportements qui souvent les dépassent, qu’ils n’arrivent finalement pas à maîtriser, ce qui entraîne chez eux colère et frustration. On oublie trop souvent que les enfants ont un cerveau immature, qui n’a pas encore toutes les capacités pour s’exprimer. Le cerveau des enfants oublie très vite aussi.

Lorsque l’on décide une règle, arbitrairement, à la place de l’enfant, que ce soit parce que le parent pense répondre à un de ses besoins “pour son bien” -parfois même sans vérifier qu’il s’agissait bien de ce besoin, que ce soit en ne sollicitant pas la participation de l’enfant à l’élaboration de la stratégie, que ce soit parce la règle répond au besoin d’un autre alors il n’est pas étonnant d’avoir un oubli de règle, une colère, fuite ou inaction comme résultat.

L’enfant refuse donc la stratégie du parent la plupart du temps tout simplement parce que cette règle ne répond pas au besoin de l’enfant. On privilégiera alors la prise de décision commune, tous ensemble. Le parent peut alors accompagner le.s enfant.s à trouver une autre stratégie (plutôt qu’une règle) qui réponde aux besoins de toute la famille. Il n’y a pas de mauvais comportements d’enfant, ce sont l’expression des émotions et besoins. Par contre, il y a beaucoup de stratégies non adéquates. Et bonne nouvelle : on peut les adapter, les modifier à volonté !

Plutôt que de condamner le comportement, il est alors plus juste de chercher derrière la cause souvent externe cachée. Chaque comportement jugé inapproprié est l’expression d’un malaise, d’une souffrance qui peuvent parfois être profonds – ne pas négliger la puissance des sensations de fatigue et de faim chez le jeune enfant.

Un autre problème lorsque l’on choisit la punition : on fait focaliser l’enfant sur des choses dérisoires, comme un dessert ou une série télé dont on l’aura privé. Cela va le conduire à donner à ces éléments une importance accrue, et démesurée. A contrario, si on leur permet de s’orienter vers une solution, en cherchant le.s besoin.s et qu’on leur propose une stratégie ou réparation (qui remplit souvent un besoin d’attention, aide et soutien chez l’autre) ou qu’on leur montre simplement un comportement respectueux par l’exemplarité, ils ne pourront que progresser dans les apprentissages de la vie, l’empathie et vers des sentiments positifs.

Les punitions sont toujours une erreur. Elles sont humiliantes pour tous et n’aboutissent jamais au but recherché.

Célestin Freinet

Les menaces sont des contraintes à la soumission ; l’enfant se sent acculé, pris au piège. Le cerveau qui détecte une menace s’apprête à réagir par l’attaque, la défense, l’immobilisation ou la fuite. Le cerveau réfléchi est comme paralysé, et le cerveau archaïque va prendre le dessus. Il ne peut donc rien en ressortir de positif. S’installe alors un risque certain de frustration, de rancœur, de colère refoulée, de préparation de vengeance : en somme, rien qui aide à grandir. Menacer, c’est nourrir la colère intérieure (de l’enfant, ou de quiconque). 

Plutôt que de menacer, décrivez premièrement ce que vous remarquez : « Dehors il fait froid/il pleut. J’aperçois par la fenêtre la pluie qui tombe par terre ».

Les accompagner respectueusement, c’est impliquer les enfants dans leurs choix, en les responsabilisant, en les accompagnant dans leurs réflexions et questionnements. Leur faire découvrir le monde, leur exprimer nos besoins, etc. Montrons nous-mêmes par l’exemplarité, et en décrivant nos actions quotidiennes :

« Moi je vais mettre mon manteau pour maintenir mon corps au chaud. »

Une fois que vous avez proposé le manteau à votre enfant, si l’enfant ne souhaite pas mettre son manteau :

« Alors j’emporte ton manteau dans le sac. »

Une fois dehors, vous pouvez inviter votre enfant à écouter ce qu’il ressent, la sensation de froid et de mouillé sur le corps. S’il ressent une gêne, alors il vous demandera le manteau. S’il ne le demande pas, c’est que ça ne le gêne pas vraiment. Le corps des enfants ne gère pas la température de la même façon que les adultes. De plus, les enfants sont constamment en mouvement et se réchauffent plus vite. Si l’on procède comme cela depuis toujours, le non-port du manteau reste assez rare, et ce n’est jamais pour affronter l’adulte, c’est seulement parce qu’ils n’ont pas froid. Les enfants apprennent en ressentant les sensations sur/dans leur corps, alors que, lorsque l’on prévoit tout à leur place, on les coupe de la possibilité de ressentir.

La récompense, elle aussi, anéantit les motivations intrinsèques, l’esprit de dépassement de soi, l’envie d’aller de l’avant, la créativité et le désir de bien faire. Seul est devenu important l’objectif immédiat : obtenir la récompense. Elle diminue la performance, peut engendrer des accoutumances. Elle ne favorise que le raisonnement à court terme, et peut entraîner l’individu à perdre ses valeurs.

Les étapes pour cesser de punir.

Il est impératif pour le bien-être et le bon épanouissement de votre enfant, de mettre fin à ces pratiques violentes. Mais, comment cesser de punir ? 

D’abord, notez que la prévention a ici un rôle très important à jouer. Il nous appartient à nous, parents, d’adapter l’environnement et le mode de vie dans lequel évolue l’enfant, afin de minimiser les risques de comportements inappropriés, dangereux (ce que beaucoup appellent les « bêtises »). Dans cette démarche, n’oubliez pas de tenir compte des périodes sensibles du développement de l’enfant – cf Maria Montessori, ou bien Isabelle Filliozat (« J’ai tout essayé » et « Il me cherche »). 

Il convient dans un premier temps de veiller à répondre aux besoins primaires de l’enfant (alimentation et sommeil). Veillez à ce que son réservoir affectif soit suffisamment rempli, en passant du temps avec lui, en lui apportant toute l’attention et tout l’amour dont il a besoin. Évitez de susciter des situations qui favorisent les comportements fâcheux, ou l’exposition au danger. Adaptez l’environnement : n’emmenez pas l’enfant avec vous dans des lieux commerciaux où il sera sur-sollicité, ne le faites pas veiller au-delà de ses capacités physiques, disposez de la nourriture en accès libre pour qu’il puisse se nourrir quand il en a besoin, éloignez ou cachez les objets fragiles ou dangereux, etc. Si cela n’est pas toujours possible (dans une salle d’attente médicale par exemple), proposez-lui une alternative, en lui présentant un autre objet qui focalisera son attention, ou partagez un moment ensemble à l’oral en faisant des jeux comme ni oui/ni non, ou encore Jacques à dit. Concernant notre emploi du temps, c’est à nous de l’adapter à l’enfant, pas l’inverse. Vous pouvez aussi proposer des activités, ou des jeux du quotidien impliquant des mises en responsabilité : par exemple, invitez-le à participer avec vous, en cuisine, au jardin.

Les messages-je (en opposition au “TU” qui tue)

Une autre prévention efficace est de verbaliser vos ressentis, vos craintes, vos émotions et vos besoins avec le « je ». C’est ce que le Dr Thomas Gordon appelle les « message-je » par opposition aux « message-tu ».

« tu m’empêches de travailler avec tes cris ! » Les « message-tu », en focalisant sur l’enfant, l’accusent, agressent l’enfant qui se sent négligé, ramené au second plan, et donc en insécurité. Ils le font culpabiliser et le mettent sur la défensive. Il comprend qu’il dérange. Par ricochet, il risque également, de par l’exemplarité et des neurones-miroir, de rétorquer au parent sur le même ton, ce qui favorise une rupture du lien affectif, et un enchaînement de violence.

« Je ne peux pas travailler quand il y a trop de bruit autour de moi » va inciter l’enfant à se déplacer, dans un souci bienfaiteur, sans négativité aucune. Il comprend que le parent a besoin de calme. Le « message-je » insiste donc sur le ressenti de son émetteur, sans émettre d’accusation ou de jugement. L’enfant à qui s’adresse ce message va alors avoir à cœur d’aider son parent, et de résoudre le problème. Les enfants ont aussi des tas d’idées auxquelles nous ne pensons pas : comme proposer un casque anti-bruit à son parent, afin de répondre au besoin calme du paent. Les « messages-je » prévisionnels sont plus efficaces que les « messages-tu » réactionnels, car ils sollicitent la responsabilité de l’enfant, le projettent dans le futur et lui suggèrent de trouver une solution pour éviter qu’un problème ne se produise, ce qui a pour effet de l’aider à avoir confiance en lui, à se sentir fort et utile, et qui booste son estime de lui. 

« on ne sortira que si tu ranges tes jouets » Ici le parent impose une condition avec le « si » pour forcer l’enfant par le chantage : on préférera alors exprimer nos besoins, proposer une ou des stratégies et surtout faire une demande, on propose alors à l’enfant : J’exprime mon besoin. « J’ai besoin d’ordre. Je vois que le sol est plein de jouets. J’aimerais beaucoup retrouver un sol vide, rangé et propre en rentrant de promenade. » Je réfléchis à une stratégie et j’exprime une demande. « Je pourrais ranger les jouets avec le cadet pendant que l’aîné joue avec bébé tout en lui mettant ses chaussures ? On en aurait pour 10 minutes. Est-ce que c’est OK pour vous ? » En général, si le parent trouve la bonne stratégie -celle qui répond aux besoins de tous-, alors les enfants acceptent.

Si cela ne répond pas aux besoins de tous alors les enfants n’adhéreront pas à la stratégie proposée. C’est normal : alors qu’il faut proposer d’autres idées. Les enfants ne nous cherchent pas, ils n’en font pas exprès pour nous embêter. C’est la même chose entre deux adultes. On cherche des compromis.

On ne force jamais un enfant à remplir les besoins de l’adulte. L’adulte est responsable de ses besoins, il est capable de les différer, son cerveau est normalement assez mature pour accueillir les émotions traversées, l’adulte n’a alors pas à forcer ses enfants à faire parti des stratégies qui comblent ses besoins d’adulte (comme ranger au moment où ça l’arrange seulement lui). D’ailleurs, plus un enfant a le choix, moins il sera amené à une position de victime lorsqu’il sera adulte, moins il subira des situations malaisantes. Lorsque l’on est habitué à avoir le choix, alors on prend le choix.

Pour aider les parents a remplir leur besoins de partage, d’aide ou de relais, nous avons listé des solutions ici comme votre famille, vos amis, une aide ménagère, un·e jeune au pair, le Wwoofing.

Chacun des habitants de la maison a quelque chose a apporté au reste des membres de la famille. Certains enfants vont tantôt préférer participer au jardin, d’autres en cuisine. D’autres enfants adorent remplir le caddie aux courses, etc. La part de chacun des membres ne se limite d’ailleurs pas au ménage. Et nos besoins ne se limitent d’ailleurs pas uniquement au besoin d’ordre. Les membres d’une famille peuvent combler bien d’autres besoins entre eux : le sourire d’un enfant peut égayer une journée, un calîn d’enfant peut motiver le parent, etc.

Plutôt que de forcer l’enfant à ranger, on peut aussi l’aider à mettre des stratégies en place qui réponde au besoin d’un autre membre de la famille-le parent qui a besoin d’ordre, dans notre exemple-, tout en continuant de répondre à son propre besoin.

Par exemple, lorsque le parent range les jouets avec le cadet pendant que l’aîné joue avec bébé tout en lui mettant ses chaussures, alors l’aîné répond au besoin de relais du parent. En effet, le parent avait besoin de quelqu’un pour s’occuper de bébé, pour pouvoir consacrer pleinement ses mains et son esprit au moment de rangement des jouets avec le cadet. De plus, l’aîné, en mettant les chaussures à bébé, fait gagner du temps pour l’heure du départ. Le parent a aussi pu profiter des 10 minutes en tête à tête de rangement avec le cadet pour rempli son besoin de jeu, de connexion, d’échange, de discussion.

Nous avons certes tous un degrés de besoin d’ordre différent mais le parent peut montrer l’exemple aussi en se montrant souple. Tant pis si parfois, lorsque le besoin de sortir de la maison se montre très important/urgent pour l’enfant, on quitte la maison en désordre. Ça arrive, ce n’est pas grave. Ça montre à l’enfant qu’on a entendu le degrés d’importance de son besoin. Le besoin d’ordre de l’adulte devrait pouvoir attendre le soir/ le lendemain, etc. Parce que, oui, ça arrive que l’aîné n’ait pas fini de lire sa B.D, que bébé pleure parce qu’il veut que ce soit seulement Maman qui lui mette les chaussures et que le cadet n’ait pas envie de participer à ranger.

Les formulations vues précédemment sont assez longues, et lorsque le parent continue de les utiliser encore régulièrement, il peut aussi arriver que le parent soit plus pressé par le temps, et comme les enfants sont habitués à ce fonctionnement, puisqu’ils comprennent le sens et l’intérêt commun de fonctionner comme ça, on peut aussi remplacer ces mots, en gardant la même intention, par une notion temporelle « dès que » (« dès que les jouets seront rangés, nous pourrons sortir » par exemple).

Veillez à la sécurité de tous

Les seules règles bienveillantes qui peuvent être imposées dans la vie de l’enfant, sont celles qui concernent sa sécurité au sein de son environnement. Mais attention, la notion de sécurité est différente dans chaque famille et chaque culture. C’est un terme qui peut vite être mal interprété et déformé.

Par exemple, avoir le nez qui coule, ne nécessite en aucun cas un geste d’urgence et d’en oublier le consentement de l’enfant, en le forçant à se moucher. Là encore, l’enfant n’apprend pas à ressentir les sensations que lui envoie son corps (sensation de mouillé qui coule entre le nez et la bouche) et ne décide pas de son propre corps. Cette action (moucher l’enfant sans son accord) est donc adultiste, c’est le “je sais mieux ce qui est bon pour toi”, ce que certains appellent “bienveillance”.

Ici, on ne parle pas de bienveillance. On parle de respect.

Les témoignages d’enfants devenus adultes, montrent bien que la plupart d’entre eux souffraient bien plus du fait d’avoir subi le non-choix, le non-consentement, lorsqu’ils étaient enfants. Leur passé a d’ailleurs des conséquences sur leurs vies actuelles, dans leurs choix et consentis d’adulte. Alors que, les adultes qui ont été respectés pendant leur enfance, savent plus facilement faire des choix pour eux, et ont mieux appris à ressentir les signaux de leur corps.

A contrario, attraper le bras de l’enfant parce qu’une voiture fonce sur lui, est nécessaire à sa survie, à sa sécurité immédiate. Il y a un danger de mort immédiat.

Aucune limite n’est agréable pour l’enfant. Alors pour que son cerveau se développe du mieux possible, on évite ces frustrations. Toutes les limites qui ne concernent pas la sécurité immédiate, sont généralement imposées par et pour l’adulte. Certaines règles et limites s’imposent à nous de par notre environnement, la société, culture, dans laquelle on vit.

On veille à la sécurité de son enfant et à la sécurité des autres personnes. Tout en exprimant les besoins et émotions de chacun. On accompagne. On ne gère pas, on ne limite pas.

Aussi, il peut très bien entendre une règle, mais l’oublier dans la minute qui suit, sans qu’il y ait une mauvaise intention derrière (ce dont, nous ne le répéterons jamais assez, les jeunes enfants sont cérébralement incapables). 

Quand, malgré tous vos efforts pour le prévenir, le comportement inacceptable a eu lieu, la première étape est de relativiser, et de se placer du point de vue de l’enfant :

  • Est-ce vraiment si grave ?
  • Est-ce que ce que nous, adultes, voyons comme une bêtise, n’est pas simplement pour le jeune humain un moyen de découvrir le monde, à travers ses propres expériences ?

Ensuite, interrogez-vous non pas sur le comportement, mais sur la démarche qui se cache derrière ? quelle peut être la réelle motivation de l’enfant ? quel besoin peut se cacher derrière le comportement jugé inacceptable ?

Les alternatives à la punition

On l’a vu, le système de punition/promesse/chantage ne peut donner des résultats que sur le court terme. L’enfant va chercher à obtenir ou bien éviter le plus rapidement possible, sans réfléchir, sans progresser. Il existe néanmoins de multiples alternatives bien plus positives, pédagogues, et efficaces sur le long terme.

Dans un premier temps, il est primordial de rétablir le calme, si toutefois il a été perdu. Il faut atténuer le stress qui bloque le cerveau, et restaurer la connexion entre les différents individus impliqués, sans quoi aucune entente ni coopération ne sera possible.

Il est important ensuite d’expliquer à l’enfant ce qui nous dérange, clairement et en douceur, puis de lui faire reconnaître sa part de responsabilité, que cela ait été fait consciemment, ou par accident : reconnaître le dommage causé, et reconnaître son implication personnelle. Surtout, ne pas insister si l’enfant nie en bloc. S’il ment quant à son implication, c’est qu’il est terrorisé à l’idée de perdre l’amour de son parent interlocuteur, il est donc inutile de le stresser davantage. Il convient alors de bien identifier le besoin derrière le comportement, et de renforcer les mesures préventives.

L’enfant qui a reconnu la faute peut alors s’excuser, à sa manière – pas selon celle dictée par l’adulte.

Un excellent moyen d’aboutir à ceci est la réparation. Il peut s’agir d’une réparation matérielle et immédiate (essuyer le liquide renversé), ou bien d’une réparation compensatoire (si le vase cassé ne peut être réparé, invitez l’enfant, en lui en donnant les moyens matériels, à en fabriquer un autre) ; ou encore d’une réparation symbolique (à étudier selon les cas, concerne notamment les réparations d’erreurs qu’on ne peut effacer matériellement comme une parole blessante par exemple. On peut alors s’excuser, discuter, réconforter). L’idée est de laisser l’enfant faire sa propre expérience de son comportement ; et de trouver lui-même des solutions de réparation. S’il n’y arrive pas seul, aidez-le : optez pour la coopération. Discutez, réfléchissez ensemble à une solution, ou bien proposez lui de choisir entre plusieurs alternatives. 

Quand on demande à un enfant de réparer, il s’agit à la fois de réparer le geste, que de se réparer lui-même. Le but est aussi que l’enfant en arrive à prendre lui-même l’initiative du geste réparateur : prendre sa part de responsabilité, assumer l’erreur, décider lui-même de résoudre le problème, et du moyen de le faire. Cela ne peut se faire qu’avec une impulsion positive de la part des parents, qui doivent dès le départ présenter à l’enfant le geste de réparation comme une forme d’apprentissage, sans aucune notion négative. Une erreur ne doit pas être perçue comme une marque de faiblesse (donc attention aux remarques que vous pourrez formuler), mais comme une opportunité de se corriger et d’apprendre – je ne savais pas, mais maintenant je saurai. N’hésitez pas à reconnaître vos propres erreurs, à en parler, à vous excuser. L’impact des neurones-miroir fera qu’à son tour l’enfant, lorsque la situation se présentera, s’excusera et cherchera à réparer. 

La réparation a une portée pédagogique, elle est structurante, éducative et induit le progrès de l’enfant. Elle lui apporte de nouvelles compétences, ou lui fait découvrir celles qu’il a déjà en lui, et l’aide à forger son comportement dans la société. Ils apprennent à endosser la responsabilité de leurs actes, à respecter l’autre, et intègrent des compétences sociales. Cela les aide aussi à avoir confiance en eux, à s’auto-discipliner, et à faire preuve de bon sens.

Attention, une réparation exigée de la part de l’adulte, ou bien en décalage par rapport aux capacités de l’enfant, devient une punition. On propose seulement. Si l’enfant refuse, alors on fait devant lui. Il apprend par l’exemplarité.

Parfois, demander pardon ne suffit pas, il faut que l’auteur de la lésion se montre plus impliqué, en faisant preuve d’affection, de compassion, de gentillesse. Cela peut passer par un dessin par exemple, une lettre. L’idée est de montrer que l’on partage les sentiments de la personne blessée, que l’on y compatit sincèrement, et que l’on souhaite restaurer la relation. 

Une autre alternative intéressante à la punition sont les messages non verbaux : utiliser des gestes pour faire comprendre ce que l’on veut à l’enfant. Exemple : lui prendre la main et l’entraîner doucement vers l’ascenseur = lui faire comprendre sans le bousculer et sans s’énerver, qu’on est pressés. 

La punition rend l’enfant docile, alors que les strétagies comme la réparation le fait grandir et l’aide à devenir autonome.

Surtout, n’oubliez pas qu’il n’est jamais trop tard pour apprendre à faire autrement.


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4 réponses sur “Violences Éducatives Ordinaires : Pourquoi les punitions, récompenses, menaces et le chantage sont néfastes ?”

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