Accompagner les émotions de l’enfant

Qu’est-ce qu’une émotion ?

Les émotions sont des réactions biologiques naturelles et involontaires à notre environnement extérieur. Exprimer ses émotions va contribuer au bien-être de l’individu ; à l’inverse, les refouler va être un facteur aggravant de stress. Il ne faut surtout pas refouler ses émotions. Savoir les décrypter nous aide à les accompagner, et à réagir au mieux au stimuli qui les a déclenchées. Il faut tirer les leçons de ses émotions – qu’est-ce qu’elles nous disent ? -Et quand ça ne va pas,- que faut-il changer pour que cela aille mieux ?

Une émotion doit donc être accueillie sans jugement. 

On peut répertorier sept émotions de base : la honte, la colère, l’amour, la peur, le dégoût, la joie et la tristesse. 

Lors d’un débordement émotionnel, il est important de garder à l’esprit (si on y arrive), que l’émotion est temporaire (elle ne dure généralement pas plus de 90 secondes) et mouvante – elle peut évoluer vers une autre émotion, ou vers l’apaisement. 

Une émotion se déroule en trois temps :

  • Charge
  • Tension
  • Décharge

La décharge est primordiale, elle aide à « déraciner les souffrances », selon Catherine Dumonteil-Kremer : c’est la décharge qui permet de libérer le corps et l’esprit de l’émotion. Bien accompagnée, elle peut même aider à se libérer de la mémoire traumatique.

Lorsqu’elle émet des sentiments négatifs (peur, colère, tristesse, …) l’émotion sert à alerter sur un sentiment d’insécurité, une frustration, une incompréhension face à une situation donnée que l’enfant est amené à vivre. Ce ne sont pas des traits de caractère, mais des états passagers. Il est important de les nommer en utilisant un vocabulaire émotionnel : dire « je me sens triste », plutôt que « je suis triste », sinon l’état de tristesse risque de s’imprimer dans le cerveau et de s’installer durablement.

Les émotions peuvent être contagieuses : sous l’effet des neurones-miroirs, les états internes d’autrui (les parents) affectent directement l’état d’esprit de l’autre (l’enfant). Cependant, il est important de veiller à ce que l’enfant n’endosse pas la surcharge émotionnelle de ses parents (rancœur trop longtemps contenue par exemple).

Les débordements émotionnels peuvent parfois être violents, ce qui est très déstabilisant pour le jeune enfant, qui ne comprend pas et n’accueille absolument pas cette tempête qui le dépasse. Cela peut parfois être très effrayant pour lui. Il est important que le parent respectueux accompagne l’enfant dans la découverte de ses émotions, et l’oriente pour y répondre au mieux.

Quels sont les bénéfices des émotions ?  

Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise émotion, il n’y a que des émotions utiles. Les émotions contribuent à faire de nous tout ce que nous sommes, chacun dans son individualité propre, et leurs bénéfices sont multiples :

  • Forger sa personnalité
  • Apprendre à être et rester soi-même, ne pas nier ce que l’on ressent, ni l’enfouir au plus profond de soi au risque de développer plus tard une pathologie X ou Y, et entretenir avec les autres et avec soi-même, des relations saines
  • Entendre ses besoins personnels et y répondre 
  • S’affirmer, se défendre, apprendre à se faire entendre et respecter
  • Choisir ses goûts, sa vie
  • Apprendre à communiquer, savoir s’exprimer
  • Avoir confiance en soi, avoir une bonne estime de soi
  • Devenir autonome

Comprendre le fonctionnement du cerveau de l’enfant.

Le cerveau de l’enfant est en voie de construction, il est fragile et malléable – si on lui répète souvent quelque chose (qu’il est mauvais, qu’il est laid), il va s’en convaincre, et aura le plus grand mal, même à l’âge adulte, à se défaire de cette étiquette. 

Le cortex orbito-frontal permet de faire des choix, aimer, être empathique, avoir un sens moral. Ce cortex, ainsi que l’hippocampe (siège de la mémoire et des apprentissages) augmentent de volume, et donc de capacité, sous l’effet de l’amour parental, de l’écoute empathique et du respect.

Au contraire, le stress provoqué par les maltraitances déconnecte le cortex, et réduit ces organes, avec toutes les conséquences dramatiques que cela implique. Pour reconnecter le cortex, on conseille généralement les contacts physiques, qui ont l’avantage de libérer instantanément de l’ocytocine (hormone du bonheur) – un regard empathique et bienveillant, des paroles douces, un bon gros câlin. 

Chez l’être humain, les émotions et les impulsions sont contrôlées par une partie du cerveau nommée cortex préfrontal. Celui-ci permet de gérer les émotions : les évaluer, prendre leur signification, les analyser, prendre du recul, se raisonner, s’apaiser, trouver des solutions. Cela n’est pas possible chez le jeune enfant, car le cortex préfrontal se développe tardivement, et n’entame le processus de maturation qu’à partir de l’âge de 5 ans (donnée variable selon les individus, mais quoi qu’il en soit, pas avant 3 ans, au mieux). Le cerveau du jeune enfant ne possède tout simplement pas les structures cérébrales nécessaires au processus d’accueil des émotions. Il est donc malvenu et cruel de reprocher aux enfants leurs débordements émotionnels, ou d’attendre qu’ils les contrôlent – ce n’est pas une question de volonté, c’est qu’ils en sont physiologiquement incapables.   

Le cerveau va considérablement gagner en maturation entre l’âge de 5 et 8 ans, mais n’arrivera à pleine maturation que vers l’âge de 25 ans. Plus l’adulte saura écouter l’enfant, écouter activement ses émotions, les accueillir avec douceur et empathie, plus le cerveau arrivera vite à maturation, et plus l’enfant s’apaisera sur le long terme. Un enfant entendu et accompagné avec respect sera beaucoup plus détendu, épanoui et heureux, même à l’âge adulte, qu’un enfant qui aura appris à refouler ses émotions.

De la nécessité d’accompagner avec respect et patience.

Vous comprenez maintenant pourquoi il est important de réduire l’exposition au stress pour le jeune enfant. Le rôle du parent est d’accompagner ses émotions, de rester auprès de l’enfant pendant qu’il est submergé, et lui expliquer que, s’il doit laisser s’exprimer son émotion, cela ne l’autorise pas à faire du mal aux autres. Il est important aussi de lui expliquer que ces accès émotionnels forts ne font pas de lui une mauvaise personne, qu’il ne doit pas en avoir peur, mais au contraire apprendre à les connaître, les nommer, et peu à peu à les accueillir, tout en les laissant s’exprimer.

Si l’adulte ne reconnaît pas les émotions de l’enfant, ou s’il s’en moque, et humilie l’enfant quand il les manifeste, celui-ci va finir par penser qu’elles ne sont pas appropriées, pas autorisées et qu’elles font de lui quelqu’un de mauvais. Il va apprendre peu à peu à les ignorer et les enfermer au fond de lui. Il va ainsi se composer une image de lui qui ne correspond pas à sa réalité, et manquer de confiance en lui toute sa vie. En outre, se voir rejeter dans un moment de détresse (l’émotion) est extrêmement blessant pour un enfant. Il peut chercher à oublier cette blessure en s’en infligeant une autre, physique.

L’accueil respectueux des parents va aider les enfants à faire confiance à leurs émotions, et à ne plus en avoir peur. Elles causeront de moins en moins de gêne chez eux, et ils seront de moins en moins submergés.

Les émotions sont une sorte de protection naturelle. Le monde dans lequel on vit a trop tendance à tenter de nier tout ça. Les tabous notamment, font que l’on ne parle pas assez des émotions, et surtout on ne les exprime pas en société. C’est souvent vu comme une marque de faiblesse, surtout chez les hommes qui, selon la norme sociale, n’ont pas le droit d’éprouver des émotions, et encore moins de les exprimer. Pourtant, accueillir et reconnaître ses émotions, c’est le chemin vers une grande paix intérieure, et l’accomplissement de soi. C’est aussi se rendre plus disponible pour les autres, plus sensible, empathique, à l’écoute. 

Comment faire ?

Notons tout d’abord que, pour être totalement disponible pour son enfant, il faut absolument ne pas être frustré soi-même. Un parent qui n’accueille pas ses propres émotions et continue à les refouler ne peut pas être disponible pour accueillir les émotions de son propre enfant. Il va s’impatienter, s’agacer rapidement, se détourner de l’enfant précisément au moment où celui-ci a le plus besoin de soutien et d’accueil parental. Il peut alors être nécessaire d’entamer un travail sur soi et de renouer avec son enfant intérieur, afin de comprendre ce qui se passe en profondeur, et qui pousse le parent à rejeter les émotions de son enfant. C’est souvent tout simplement parce que lui-même étant enfant, s’est vu nier par ses parents le droit d’exprimer ses émotions.

Le parent doit aussi veiller à ce que ses propres besoins soient comblés. Pour rappel, nos besoins et ceux de nos enfants ne sont pas en compétition. Il est tout à fait possible de mettre de nouvelles stratégies en place pour répondre aux besoins de nos enfants, tout en répondant aux nôtres. 

Nous l’avons déjà évoqué, le parent doit pouvoir exprimer et accueillir ses propres émotions, entendre et répondre à ce qu’elles impliquent. Si le parent est particulièrement énervé ou attristé par un comportement de son enfant par exemple, il est impératif de chercher à comprendre pourquoi. De même, si le parent est indisponible pour son enfant parce qu’épuisé, il faut d’abord mettre en place de nouvelles stratégies pour résoudre le problème, puis comprendre pourquoi on en était arrivés là, afin d’éviter que cela se reproduise.

Un bon remède aux explosions d’émotions enfantines est l’écoute active. Soulignons que, pour être efficace, l’écoute active doit être sincère et empathique. Si vos mots ne reflètent pas votre sentiment intérieur, ils sonneront faux et n’auront aucune valeur.

Le principe de l’écoute active est que le parent reformule ce que l’enfant n’arrive pas à mettre en mots. Le parent doit retranscrire ce qu’exprime l’enfant sans aucune note de jugement, conseil ou avis personnel. Il faut être le plus neutre possible, le plus fidèle possible à ce que dit l’enfant.  Cela lui donne énormément de valeur, c’est une reconnaissance de ses sentiments individuels, et de leur droit d’exister exactement tel que lui, l’enfant, les ressent.

L’écoute active vise à montrer à l’enfant que l’on a compris ce qu’il ressent et cherche à exprimer. L’émotion est alors entendue et reconnue, elle va pouvoir s’apaiser, voire s’effacer. Si on ne fait pas ça et qu’au contraire on laisse l’enfant seul face à ses débordements émotionnels, on ne reconnaît pas l’émotion, on n’écoute pas l’enfant, on nie son droit à exprimer ce qu’il ressent, et donc, l’émotion est susceptible de rejaillir à n’importe quel moment de sa vie, et sous n’importe quelle forme (mal-être, inadaptation sociale, violence, maladie, etc). Par ailleurs, le stress induit par la situation provoquera une surcharge de cortisol, qui est toxique pour le cerveau, mettant ainsi en péril le bon développement cérébral de l’enfant, et donc son épanouissement personnel. Au contraire, si on accueille avec empathie et compassion l’émotion de l’enfant, on lui permet ainsi de se découvrir, et de mieux se comprendre ; cela le rassure. Cela l’aidera par la suite à mieux écouter ce qu’il ressent. 

Notez que deux émotions contradictoires peuvent s’exprimer en même temps. Il est important de les accueillir en conséquence, de les nommer, et de bien relever l’ambivalence. Vous pouvez en discuter, une fois le calme revenu, pour voir si l’une d’elle domine l’autre. 

N’hésitez pas à reparler des émotions et des tempêtes qui les accompagnent, une fois que tout le monde est apaisé. Vous pouvez lire des ouvrages spécialisés sur la question et accessibles aux plus petits ; vous pouvez aussi créer (et participer à) des moments libérateurs, comme sauter sur les lits, courir sous la pluie, crier ou chanter à tue-tête, etc. Ces instants de défouloirs collectifs, ces discussions à tête reposée, sont préférables aux « solutions » très à la mode en ce moment et souvent conseillées : 

∙ Les « coins de retour au calme » isolent l’enfant et sont très propices à la culpabilisation et à la stigmatisation : « on m’a demandé de venir dans ce coin pour me calmer, donc je suis mauvais, je déçois mes parents, ils vont certainement cesser de m’aimer ». En revanche, vous pouvez proposer d’aller dans un endroit paisible mais ensemble ;

∙ Les « coussins de la colère » invitent l’enfant à décharger son émotion, à se vider de ce tourment si fort qui le ronge. Mais ça n’est pas accueillir l’émotion, c’est juste s’en débarrasser, ce qui a les mêmes conséquences néfastes que le refoulement et le fait de ne pas être entendu. 

Accompagner l’enfant respectueusement dans ses émotions, c’est à la fois

∙ L’écouter

∙ L’aider à identifier l’émotion

∙ Lui donner des pistes pour s’en décharger

N’oublions pas que les enfants agissent par exemplarité : plus nous exprimons nos émotions d’adultes devant eux (y compris les pleurs, qui sont aussi libératrices que la colère, sans violence, sans blesser les autres … plus ils expriment les leurs, sans violence, sans blesser les autres – pour une vie où tout le monde se sent plus apaisé.


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