Le dossier pédagogique

L’instruction en famille est un droit. Cependant, pour que cela le reste, nous sommes soumis à une enquête de la mairie tous les deux ans et un contrôle de l’inspection académique une fois par an afin d’attester que l’enfant reçoit bel et bien l’instruction nécessaire et adaptée à ses capacités pour atteindre le socle commun. Pour en savoir plus sur les démarches nécessaires et l’aspect légal de l’instruction en famille, vous pouvez vous référer aux articles de la catégorie « Tout savoir sur l’IEF – Que dit la loi / l’IEF ? »

Afin que le contrôle pédagogique se déroule dans les meilleures conditions pour vous, et surtout, pour votre enfant, vous pouvez préparer un dossier dit pédagogique (justement). Vous pourrez l’envoyer au DSDEN ou directement aux personnes mentionnées dans le courrier afin qu’elles puissent en savoir plus sur vos méthodes et vos enfants avant votre rencontre. N’hésitez pas à en imprimer une copie que vous pourrez garder vers vous le jour de l’entretien. Ce dossier n’est en aucun cas un dossier d’évaluation. Il doit permettre d’établir le dialogue et conserver un lien rassurant avec l’administration de l’éducation nationale.

Que mettre dans votre dossier pédagogique ? 

Vous pouvez y notifier tout ce qui vous semble important, nécessaire, pourvu que vous ne sortiez pas du cadre légal. Avant de le rédiger, n’hésitez pas à vous remémorer les attentes et limites du contrôle. Je ne suis pas sûre que l’inspecteur soit très intéressé par la luxation de la hanche de Mamie Martine ou de la castration récente de votre chat. 

Si vous êtes en panne d’inspiration, voici quelques éléments que vous pouvez mentionner. Bien sûr, libre à vous d’en ajouter ou d’en retirer, ce ne sont que des idées !

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L’impuissance apprise

« Au Nord de l’Inde, lorsqu’un éléphanteau naît, on l’attache par un pied à un arbre. Il tente vainement de briser la corde qui le relie à l’arbre, puis après quelques tentatives, il renonce à la lutte et accepte son entrave. Au bout de quelques semaines, on continue à mettre une entrave à son pied et il n’y a même plus besoin de mettre une chaîne entre le cercle de métal qui entoure sa jambe et l’arbre car l’éléphanteau a intériorisé le fait qu’il était enchaîné. Il n’essaie même plus de s’en aller. Jusqu’à la fin de sa vie, il reste prisonnier de sa croyance et de son habitude, alors même que rien ne relie plus son pied à un arbre. »

L’impuissance apprise, ou « impuissance acquise », ou encore « résignation acquise » est une réalité psychologique qui entrave au quotidien bien des individus. Ce phénomène a été découvert grâce à diverses expériences scientifiques menées sur des mammifères, dans les années 60. Les principales recherches furent menées par Martin Seligman et son équipe, aux États-Unis. Ils arrivèrent à cette conclusion et aux mots d’« impuissance apprise », après avoir mené divers tests sur des chiens, en étudiant leurs réactions après les avoir exposés à des électrochocs. Une description succincte de ces tests est lisible dans le livre de Michel Odent, « Primal Health » (2002).

Soumis à des formes de maltraitances diverses, ces animaux ont vite compris que leurs cris et leurs appels ne servaient à rien, puisqu’ils n’obtenaient aucune réponse de la part des scientifiques qui les manipulaient. Cette information s’est rapidement imprimée dans leur cerveau, conduisant les animaux testés à définitivement renoncer à leurs tentatives de défense : ils se résignaient, victimes de l’impuissance apprise.

En France, des travaux similaires ont été menés par Henri Laborit, toujours en utilisant des électrochocs sur des animaux. S’il est surtout connu pour ses travaux concernant l’anesthésie, ainsi que sa participation active à la vulgarisation des neurosciences, Laborit mena aussi des études comportementales, sur des rats cette fois. Ses tests lui permirent d’identifier une hausse de la pression artérielle, constatée lors de chaque situation où les animaux, confrontés au danger, ne pouvaient se défendre. Ses résultats permirent à Laborit d’arriver à des conclusions similaires à celles de Seligman, même s’il préférait utiliser les termes d’« inhibition de l’action ».

A la lumière de ce que nous venons de lire sur l’impuissance apprise chez les mammifères exposés au danger, songeons maintenant à un bébé qui pleure, seul dans son berceau. L’enfant appelle à l’aide, mais ne reçoit ni réponse ni visite. Du point de vue des parents, pas forcément de malveillance : on leur a dit et répété qu’il faut laisser pleurer bébé, qu’il ne faut pas qu’il devienne un enfant-roi, etc, …

Mais, du point de vue du bébé ? Il est seul, dans son berceau. Il pleure, pour exprimer un besoin qui n’est pas satisfait. Il peut s’agir d’un besoin physiologique (rappelons au passage que la sensation de faim est extrêmement douloureuse pour les bébés), ou d’un besoin psychologique (il se sent seul dans un monde qu’il ne connaît pas encore, qu’il perçoit comme gigantesque et plein de bruits inconnus. En outre, il n’a aucune notion du temps : il ne sait pas que sa maman a prévu de revenir le voir dans 15 minutes, parce que le pédiatre et la belle-mère lui ont conseillé de faire ainsi).

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Nous pouvons tous être des « témoins secourables » (notion d’Alice Miller)

Vous avez aperçu cette expression à plusieurs reprises au détour d’un article, ou bien sur les réseaux sociaux, dans des groupes de témoignage, d’entraide et de conseil parentaux, et vous vous demandez bien ce que cela signifie ?


Cette notion de témoin secourable vient d’Alice Miller (1923-2010). Psychologue brillante et renommée, Alice Miller s’était retirée en Provence afin de se consacrer à l’écriture des résultats de ses nombreuses recherches concernant le développement de l’enfant. Elle travaillait plus particulièrement sur les violences imposées aux enfants – celles que l’on voit, mais aussi et surtout celles que l’on tait – et les répercussions de ces violences sur l’individu à l’âge adulte.

Elle écrivit ainsi pas loin de 15 ouvrages dédiés à ce sujet, ainsi que de nombreux articles. Certains sont consultables en ligne, notamment sur son site dont voici le lien : alice-miller.com.

Alice Miller écrivait en allemand ou en anglais, aussi il peut arriver que les traductions varient, et que l’on trouve tour à tour les appellations suivantes : témoin empathique, éclairé, lucide, salvateur ou secourable. Nous nous sommes longuement penchés sur la question afin de décrypter ses diverses appellations, et nous allons tenter d’éclaircir ses notions, afin qu’elles puissent être utiles au plus grand nombre, dans l’intérêt des Enfants qui ont besoin d’aide (qu’ils soient intérieurs, ou pas).

Pour résumer de façon très succincte :

  • un témoin secourable est quelqu’un qui aime un enfant maltraité
  • un témoin empathique/éclairé/lucide est quelqu’un qui écoute une victime avec sollicitude et sans jugement, permettant ainsi la libération de l’enfant intérieur qui souffre dans un corps devenu adulte. 

L’affection comme la libération sont primordiales et essentielles au bonheur de chaque individu. Sans cela, l’enfant intérieur jamais écouté, jamais consolé, voit son corps ployer sous sa souffrance. Cela se manifeste à l’âge adulte (parfois avant) par des soucis très variés mais bien concrets, pouvant aller des troubles de la personnalité à des maladies chroniques ou graves, en passant par la transmission de la violence aux générations suivantes.

Voici de plus amples explications :

Le témoin secourable de l’enfance

Le témoin secourable est quelqu’un qui montre à un enfant qui souffre de maltraitance, quelle qu’elle soit, qu’autre chose est possible, que l’amour existe bien, et que cette victime peut aussi faire l’objet d’affection, comme n’importe qui d’autre. 

Le témoin secourable est, pour reprendre les termes d’Alice Miller,

une personne auprès de laquelle [on] pouvait se sentir en sécurité, aimé, protégé, respecté

Alice Miller

C’est une personne…

  • qui revalorise l’être humain en souffrance
  • qui lui rappelle qu’il a le droit d’exister
  • qui lui rappelle qu’il mérite bien mieux que cette maltraitance dont il fait l’objet
  • qui le rassure sur le fait qu’il est, lui aussi, aimable – au sens où il peut faire l’objet d’affection de la part de quelqu’un. 

Ce rôle peut être assumé par n’importe quelle personne que la victime est amenée à croiser sur sa route : quelqu’un de la famille, ou bien un ou une inconnue, un enseignant, une voisine, une employée de maison, etc. Ce témoin est une personne qui apporte à l’enfant délaissé un peu de sympathie, idéalement même de l’amour. Cette personne ne cherche jamais à manipuler la victime, sous prétexte d’éducation ou autre, elle lui fait confiance et lui ré-apprend l’idée qu’il n’est pas « méchant » mais mérite bien que l’on soit gentil avec lui.

Grâce à ce témoin, qui ne sera d’ailleurs pas forcément conscient de son rôle crucial et salvateur, l’enfant apprend qu’il existe en ce monde quelque chose comme de l’amour.

Si les circonstances se montrent favorables, il arrivera à faire confiance à autrui, à préserver sa capacité d’aimer et de faire preuve de bonté, à sauvegarder en lui d’autres valeurs de la vie humaine. En l’absence totale de témoin secourable, l’enfant glorifie la violence et, plus tard, l’exercera souvent à son tour, de façon plus ou moins brutale et sous le même prétexte hypocrite.

Alice Miller – « Notre corps de ment jamais »

Pour illustrer cela de manière très simple, Alice Miller cite souvent l’exemple de Dostoïevski – un père extrêmement brutal mais une mère aimante, qui n’empêchait pas les coups mais témoignait de l’affection à son enfant – une mère « témoin secourable », qui montrait à son enfant que l’amour est possible malgré la violence, et qu’il pouvait en faire l’objet.

Tous les hommes et les femmes interrogés, par Alice Miller ou par d’autres, qui avaient subi des violences à des degrés divers dans leur enfance mais qui n’ont pas perpétué les schémas de la violence sur leurs propres enfants, ont tous dit avoir bénéficié de l’appui d’un « témoin secourable », c’est-à-dire une personne qui, si elle n’a pas empêché les sévices, a au moins manifesté de l’affection, voire de l’amour, à l’enfant victime.

Le témoin lucide de l’âge adulte

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Isoler un enfant

Isoler un enfant peut se faire sur le plan physique (c’est la très classique mise au coin ou au piquet) mais aussi sur le plan psychique. L’isolement est induit par n’importe quelle forme de punition, et même par les violences verbales : le fait de punir est une atteinte au lien affectif qui lie l’enfant à ses parents, cela le met à l’écart, c’est comme une pause dans la relation. Cela place l’enfant dans une position extrêmement inconfortable d’insécurité affective (d’autant plus grave si elle vient s’ajouter à une insécurité physique).

La mise au coin, qu’elle soit physique ou verbale, est connue sous l’appellation anglo-saxonne « time-out »  : un terme qui, selon nous, exprime bien toute la violence de la démarche. Il peut aussi bien s’agir :

  • de la punition classique que de nombreuses générations ont connue à l’école,
  • d’une humiliation verbale en public,
  • d’une volonté plus dangereuse de la part de l’adulte qui la décrète.

Il s’agit d’un phénomène sociétal culturel, qui malheureusement reste très répandu, que ce soit au niveau familial ou dans les structures d’accueil de la petite enfance. C’est encore pratiqué couramment dans certaines écoles primaires, et parfois même, c’est recommandé par des pédiatres.

Un adulte cherche à isoler un enfant pour :

  • s’en débarrasser, s’en décharger (il se sent en incapacité d’accueillir les besoins et les émotions de l’enfant, qui peuvent le renvoyer à sa propre histoire) ;
  • le forcer à réfléchir à son comportement (alors que l’enfant n’en a pas les capacités cérébrales) ;
  • le punir en le blessant “pour qu’il comprenne” (alors, que, on le sait : la punition n’a aucun intérêt en terme d’accompagnement) ;
  • asseoir son autorité, par la peur, la menace, la contrainte (alors que ces pratiques sont terriblement néfastes).

Voir Pourquoi les punitions, récompenses, menaces et le chantage sont néfastes ?

Quoiqu’il en soit, il apparaît très clairement à la lumière des découvertes en neurosciences de l’enfant, que ses effets sont dévastateurs sur le développement du cerveau.

Les recherches scientifiques montrent toutes sans équivoque que la détresse émotionnelle provoquée par l’isolement est telle que les dégâts infligés au cerveau sont aussi graves et délétères que ceux provoqués par les violences physiques.

L’impact désastreux de l’isolement sur le développement de l’enfant

Isoler un enfant, c’est le mettre en état de désespoir. L’adulte cherche à isoler l’enfant au moment où, au contraire, celui-ci a le plus besoin de contact et de rapprochement. Il faudrait donc, au contraire du « time-out », proposer un « time-in ».

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L’indifférence

Indifférence et privation d’affection

Les démonstrations d’affection sont primordiales pour le jeune enfant, pour ne pas dire vitales. Considérez déjà vous, adulte, comme vous vous sentez mal quand une personne qui vous est chère ne vous démontre pas d’affection ? que ce soient des bisous, des câlins, des mots doux, du temps passé ensemble, les enfants en ont besoin pour leur bon développement. N’oublions pas que l’enfant dépend totalement de ses parents : pour lui, un manque d’affection sera interprété comme une mise en danger de sa survie.

Par ailleurs, le jeune enfant agit par mimétisme. S’il est aimé et sécurisé par ses parents, il agira de même, plus tard, dans ses relations avec autrui. A l’inverse, s’il est maltraité, négligé, il risque fort de reproduire le même type de comportement négatif toute sa vie.

Malheureusement, le mode de vie trépidant de nos sociétés modernes fait que bien souvent les parents oublient de montrer des signes d’affection, ils sont tout le temps dans la course et le stress, et n’ont bien souvent qu’une hâte le soir, c’est de se coucher (=se débarrasser des petits), alors que l’enfant a précisément besoin d’être câliné, rassuré, et lui aussi réconforté de sa dure journée.

D’autre part, plus l’enfant grandit, plus le parent a tendance à « oublier » de montrer ces signes d’affection, considérant souvent que l’enfant, plus grand, n’en a tout simplement plus besoin. Et puis il faut bien l’avouer, la pudeur de nos sociétés quant à la démonstration des sentiments, fait que s’il est commun de papouiller un bébé, il n’en va pas de même du tout pour un enfant de 10 ans, et encore moins, a fortiori, pour un adolescent – qui pourtant, est bien souvent dans une détresse absolue, et serait tellement aidé si les barrières mentales sociales tombaient, et que ses parents lui démontraient plus d’affection. Le manque de communication qui s’installe à l’adolescence, et qui pourrit bien des familles, vient principalement du fait que les jeunes ne se sentent ni aimés, ni compris. Ils vont donc se replier sur eux-mêmes ou choisir la voie de l’agressivité comme système de défense, et d’expression de leur détresse. Le parent, piqué au vif, réagit généralement et fort malheureusement, à l’inverse de ce qui lui est demandé, à savoir qu’il va lui aussi chercher à se défendre. C’est alors l’escalade infernale.

Il est primordial de montrer des signes d’affection aux enfants, y compris aux nourrissons – imaginez un bébé passer ses journées dans un état de stress permanent ? il faut bien être conscient que le cerveau de l’enfant se développe constamment jusqu’à l’âge de 8 ans environ pour les principales fonctions, mais en réalité, jusqu’à 25 ans. Le cerveau de l’enfant, à la naissance, est prêt à ressentir toutes sortes d’émotions, mais il n’est absolument pas prêt à les exprimer correctement (comprenons, de manière à ce que l’adulte les comprenne), et encore moins à les gérer (d’ailleurs, on peut se demander si on ne l’est jamais totalement ?). Or, un enfant manquant de signes affectifs, ne pourra accéder correctement à la maturation cérébrale. L’ocytocine, hormone du bonheur, responsable de cette maturation, lui fait défaut. Cet individu grandira avec des difficultés cognitives, sociales, une incapacité à gérer ses émotions, des problèmes comportementaux, qui perdureront sa vie durant, s’il ne se fait pas aider par un thérapeute compétent et spécialisé.

L’indifférence des parents peut avoir plusieurs causes :

  • C’est un modèle éducatif qu’ils ont eux-mêmes subi durant leur enfance ;
  • Ils sont épuisés et pas loin du burn-out ;
  • Ils se réfugient derrière ce type d’éducation pour forger des enfants « forts » ;
  • L’enfant, trop idéalisé par les normes sociales et les pressions familiales, n’a pas répondu à leurs attentes ;
  • On parle aussi d’éducation négligente, notamment lorsque la dimension financière entre en compte dans l’indifférence dont les enfants font l’objet (l’investissement parental, dans tous les sens du terme, fait défaut).

Parents : les situations ordinaires où l’on se montre indifférents.

Un des aspects essentiels de l’amour parental réside dans l’affection, l’acceptation inconditionnelle, et le simple fait d’entretenir une relation. L’indifférence, c’est priver l’enfant de ce dont il a besoin au quotidien, notamment de l’affection, mais c’est aussi le rejeter. Être indifférent, c’est se comporter comme si l’enfant n’était pas là ou n’existait pas. Cela se traduit par de multiples manifestations qui sont autant de Violences Éducatives Ordinaires :

  • Parler de lui à quelqu’un d’autre en sa présence ;
  • Ne pas prendre le temps de passer des moments de qualité avec son enfant ;
  • Avoir des conversations qui l’excluent car il ne peut pas les comprendre ;
  • Ne pas l’écouter quand il parle ;
  • Ne pas accueillir ni entendre ses émotions et sentiments ;
  • Ne pas le protéger quand il en a besoin ;
  • Ne pas exprimer de reconnaissance quand il fait quelque chose, alors que nous le ferions pour un adulte (les « merci » se font souvent rares quand il s’agit des gestes des enfants, beaucoup de parents considérant que c’est normal par exemple qu’il débarrasse la table) ;
  • Ne pas prendre en compte ses goûts et ses opinions ;
  • Être plus intéressé(e) par son journal/téléphone/série télé, ne pas interrompre nos activités lorsque l’enfant nous parle ou a besoin de nous ;
  • Ne pas réagir aux pleurs/ à la détresse de son enfant ;
  • Ne pas répondre aux besoins ponctuels de l’enfant (d’être rassuré, câliné, porté, de passer un petit moment de complicité, etc) ;
  • Nier ses souffrances, minimiser ses douleurs (« c’est rien », « tu pleurniches tout le temps », « quel bébé », etc) ;
  • Négliger son suivi médical ou ne pas consulter en cas de troubles importants ou récurrents ;
  • Ne pas encourager l’enfant dans sa voie ; 
  • Lui imposer nos activités sans tenir compte de son intérêt et de ses rythmes biologiques ;
  • Faire passer notre confort avant le sien ; etc, etc …
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Le rôle du père

Article et données mises à jour le : 8 mai 2020

En France, jusque dans les années 80, les pères étaient interdits de séjour en salles d’accouchements. Aujourd’hui, c’est l’inverse : c’est très mal vu s’ils n’y sont pas présents. Le père autrefois rejeté se voit aujourd’hui confronté à une pression énorme, qui ne laisse pas de place à ses propres affects et ressentis, ses envies, ses appréhensions. Ce qui est assez logique finalement : c’est ce que le conditionnement social dicte aux hommes depuis des siècles. Un homme ne doit pas laisser apparaître ses sentiments, ne doit pas montrer de signes de faiblesse. Tout petit déjà, on lui a appris qu’un homme, ça ne pleure pas. Un homme c’est fort, quoi qu’il arrive. C’est comme ça. Tous en souffrent.

Et parmi ceux qui souffrent, il y a ceux qui portent un masque, qui sont dans le déni, et qui exposent ça en se cachant derrière la fierté. Ils en sont fiers, ou du moins essaient de le faire croire. Pour ne pas avoir à exprimer leurs émotions, justement. Se mettre à nu, c’est accepter que les autres sachent qu’on a souffert/qu’on souffre encore. Alors voilà : les hommes n’expriment pas leurs émotions de peur qu’on découvre qu’ils en ont été réprimé -de leur droit à l’expression. C’est un cercle vicieux. Dans lequel la plupart des pères d’aujourd’hui embarque malheureusement aussi leurs enfants. La chaîne doit être brisée.

Eddy De Pretto, un artiste que nous apprécions beaucoup, a vécu, subi, écrit et chanté sur le sujet. Voici certains des thèmes qu’il a abordé, avec classe et justesse :

Bernard This et l’amorce du changement

Bernard This était un fervent défenseur du rôle du père et de l’importance de ne pas nier la paternité : selon lui, un bébé se fait, véritablement, à deux. Dans les années 50, This étudia nombre de cas dans des hôpitaux parisiens, et lança des questionnaires. Cela l’amena rapidement à annoncer que « 98% des pères » souhaitaient, déjà à l’époque, assister à l’accouchement, ce qui lui valut les foudres de ses pairs et du Conseil de l’Ordre des Médecins. Il était un peu trop précurseur pour son époque, et ses détracteurs, afin de ne pas laisser les pères entrer dans les salles d’accouchements, se réfugièrent derrière l’excuse des risques microbiens. Néanmoins, Bernard This campa sur ses positions, à travers de nombreux articles et des ouvrages très critiqués – « Naître » (1972), « Neuf mois dans la vie d’un homme », « Naître et sourire » (1977), « Le Père : acte de naissance » (1980). En 1979, il créa avec Françoise Dolto la 1ère Maison Verte à Paris, centrée sur l’accueil des enfants âgés de 0 à 3 ans et des parents. Des maisons qui s’opposent radicalement aux « pôles couples-enfants » proposés dans la plupart des hôpitaux français aujourd’hui : comme si le corps médical classique cherchait encore à nier la place du père.

Traditionnellement on l’a vu, les grossesses étaient l’apanage des mères, une affaire de femmes. Aujourd’hui ce n’est plus le cas. Faire un enfant est un vrai projet de vie, une décision prise à deux (en théorie parfois, de plus en plus en réalité) : un projet de couple. Il ne s’agit plus uniquement du duo mère/enfant, mais bien d’un trio : maman, papa, bébé. Tout est fait pour inciter le père à participer à l’aventure de la grossesse. Il lui est fortement conseillé d’assister aux échographies et autres rendez-vous gynécologiques, et les publicités marketing l’incluent dans le tableau autant que possible : il existe même en proposition à la vente toute une variété de porte-bébé conçus spécialement, exclusivement, pour les hommes. Dans un autre registre, on peut également évoquer la loi pour l’égalité hommes/femmes en matière de congés parentaux, votée au Sénat en 2013.

∙ Trouver sa place

Chez de nombreuses espèces animales, l’attachement au père ne se fait tout simplement pas. Chez les humains, cet attachement est long et progressif. Pour les pères, il n’y a pas les mêmes déclenchements hormonaux qu’avec la mère. A la naissance, les pères sont souvent déstabilisés par l’osmose entre la mère et l’enfant, et ont du mal à trouver leur place – et même à savoir qu’ils en ont une, et qu’ils doivent la prendre – là encore, les poids environnementaux -sociétal et familial- peuvent parfois être très lourds.

La conjugaison des temps passés avec les deux parents est pourtant très enrichissante pour l’enfant, puisque mères et pères n’ont pas les mêmes comportements ni les mêmes façons de faire. Pensons au concept du continuum : si la Nature a prévu deux êtres pour en créer un 3ème, il y a bien une raison, qui ne peut pas se limiter à de la biologie. Être père, ce n’est pas juste être un géniteur.

Il est donc important de permettre au père et au nourrisson de se rencontrer au plus vite après la naissance, afin de veiller à bien instaurer le lien dès les premiers jours et de bénéficier aussi du fabuleux taux d’hormones post-naissance. Inutile de stresser : chaque nouveau parent apprend en même temps que son enfant. Les maladresses ne doivent pas générer de la honte, ou des « je n’ose plus » – elles sont le fait de tout le monde.

∙ Paterner, c’est possible dès le début de la grossesse

Contrairement à la femme, le père ne vit pas le changement corporel et hormonal qui permet de prendre conscience de la grossesse et de la prochaine venue au monde de l’enfant. Il peut néanmoins s’impliquer dans la grossesse, en accompagnant aux échographies, à des cours de préparation ou d’accompagnement à l’accouchement, en faisant des massages apaisants, ou encore des marches accompagnatrices où il pourra par exemple faire des exercices respiratoires avec la maman. Et puis bien sûr il y a l’haptonomie, ou l’art de communiquer, par des caresses, le son de la voix et des jeux sur le ventre de la mère, avec le fœtus in utero – qui perçoit très bien si la main qui caresse est celle de sa mère, ou de quelqu’un d’autre. Le père a aussi une place importante à prendre dans la fabrication du nid qui accueillera l’enfant. Enfin, selon de récentes études scientifiques, l’impact du rôle tenu par le père sur le développement du cerveau de l’enfant serait aussi important que celui tenu par la mère.

Comment et pourquoi paterner ?

Prenez le temps d’assurer et de savourer pleinement vos fonctions paternelles. Un père peut, tout comme une mère, appliquer les principes du maternage proximal. Bien sûr, il ne peut pas allaiter, mais il peut participer à l’allaitement :

  • En s’installant auprès de la maman qui allaite : il peut guider bébé vers le sein, caresser bébé pendant la tétée, prendre soin de lui quand la tétée est terminée, etc.
  • En donnant du lait maternel tiré au préalable ;

Le père peut également pratiquer les autres aspects du maternage proximal :

  • Le peau-à-peau ;
  • Le co-dodo – même sans la maman qui, si cela convient au bébé/bambin, peut ainsi s’octroyer de temps en temps une sieste de sommeil par exemple, à condition bien sûr que le papa ait les ressources pour veiller à la sécurité et au bien-être du bébé ;
  • Le portage, qui est un instant privilégié et essentiel durant lequel le bébé ne se sent pas seul, dort mieux, régule sa température grâce à la proximité avec le parent, digère mieux et s’éveille au monde en observant les gestes au quotidien du parent qui le porte (d’où les multiples enrichissements quand bébé est porté à la fois par son père et sa mère : il bénéficie de deux points de vue différents sur la vie, et la façon de la vivre) ;
  • L’HNI (Hygiène Naturelle Infantile) et/ou le change, le bain ;
  • La LSF (Langue des Signes Française) et/ou les gestes et paroles, avec tendresse et douceur.

Le père participe ainsi, lui aussi, à l’établissement de la sécurité affective de l’enfant. Il se pose comme figure principale, tout comme la mère. L’enfant peut avoir plusieurs ports d’attache. L’enfant va savoir vers qui se diriger en fonction de sa demande, de son besoin. Le père ne prend pas la place de la mère dans le quotidien du bébé, pas plus qu’il ne met en danger sa place dans le cœur de l’enfant (encore une idée issue d’un conditionnement sociétal) : bien au contraire, il la complète.

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Le maternage proximal

Le maternage proximal, c’est quoi ? 

C’est une philosophie d’accueil du bébé, radicalement opposée aux habitudes ancrées dans nos sociétés qui relèvent plus d’un maternage distal : c’est-à-dire ne pas trop s’occuper d’un bébé, le laisser pleurer, ne pas le laisser dicter les horaires de prise alimentaire, de sommeil, etc – en somme, ne respecter ni ses besoins primaires ni son rythme biologique, au profit du confort parental. 

A contrario, le maternage proximal prône une présence quasi permanente de la mère, et des soins abondants (à volonté). C’est une nouvelle tendance qui a pris beaucoup d’ampleur ces dernières années, à la faveur notamment de la diffusion des découvertes des neuroscientifiques en matière de développement de l’enfant, particulièrement de son cerveau.

Le maternage proximal, c’est prendre grand soin de l’enfant, le sécuriser, le consoler, le câliner, lui prodiguer des gestes tendres, parler d’une voix douce, l’apaiser, le regarder avec amour. C’est suivre son instinct, écouter son cœur, ses besoins et ses envies de maman, au lieu de se laisser influencer par le conditionnement social, les paroles et le regard des autres – qui conservent aujourd’hui encore un poids énorme dans nos sociétés occidentales.

Le but de cette philosophie de vie est de maintenir le bébé le plus longtemps possible dans une sorte de cocon qui facilite la transition entre le monde réel et le paradis de la bulle utérine. Elle s’appuie sur la théorie de l’attachement développée par John Bowlby dans les années 60.

Prolactine : l’hormone du maternage

La prolactine est l’hormone phare du maternage. Elle initie et maintient la lactation. Elle diffuse l’amour maternel au nouveau-né, en étroite association avec l’ocytocine – il y a donc danger si l’ocytocine est réduite ou fait défaut.

Pour plus d’infos sur l’ocytocine, voir nos articles : Accouchement physiologique et « maternités Nature » et La séparation à la naissance : pourquoi il faut l’éviter.

Cette hormone est très ancienne, on la retrouve chez les mammifères mais aussi chez les ovipares : c’est par exemple cette hormone qui entraîne la construction du nid chez les oiseaux, ainsi que les comportements agressifs de protection des petits chez la plupart des animaux. Notons aussi qu’à la naissance, elle participe à la maturation des poumons du nouveau-né.

Réponses aux critiques du maternage proximal

Les principaux points du maternage faisant l’objet de critiques sont : 

  • Répondre systématiquement aux pleurs du bébé – contrairement à l’adage classique, laisser pleurer bébé ne l’aide absolument pas à se faire les poumons. Au contraire, cela entraîne un afflux d’hormones toxiques et destructrices dans le cerveau. Le bébé apprend que s’exprimer ne sert à rien puisque ses besoins primaires ne sont pas remplis malgré ses multiples appels.  Il va avoir tendance à se renfermer sur lui-même, à devenir « l’enfant sage » qui devrait tant inquiéter les parents, plutôt que de les réjouir. En revanche, répondre aux pleurs du bébé, c’est subvenir à ses besoins fondamentaux (ce à quoi on s’engage quand même quand on décide de faire un enfant, ou de le garder en cas de grossesse surprise). C’est aussi favoriser le maintien et le développement du lien avec la figure d’attachement – conditions primordiales à la création de la sécurité affective, sans laquelle un enfant ne pourra s’intégrer au monde.
  • Le porter à la demande – la proximité avec la figure d’attachement rassure considérablement le tout-petit qui n’est pas encore prêt à affronter le monde, se retrouvant propulsé dans le grand et effrayant inconnu après la chaleur confortable, rassurante et exclusive de la vie intra-utérine. Cela lui permet de s’endormir apaisé et sécure – or, le sommeil du bébé a une importance considérable dans son bon développement corporel et cérébral, il est donc essentiel d’en préserver la qualité et de veiller à ce que l’enfant dorme en quantités suffisantes. 

Le portage permet en outre d’inclure bébé dans les activités parentales, ce qui permet d’éveiller son intérêt tout en lui permettant de ne pas se sentir isolé. Attention simplement, quand bébé grandit, à penser à lui ménager des temps où il peut s’éveiller au monde dans un autre espace.

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Accouchement physiologique et « maternités Nature »

La physiologie

C’est une des nouvelles sciences modernes, dont l’étude n’a commencé qu’après les années 50. Elle prend sa source dans les théories de naissance non violente développées par Frédéric Leboyer et Bernard This. Un des principaux avocats de l’accouchement physiologique est d’ailleurs Michel Odent, qui fut élève de Leboyer. Il décrit ses idées dans son livre « L’amour scientifié », paru en 1999. Un ouvrage particulièrement intéressant et interpellant, qui nous apprend bien des choses sur les secrets de l’accouchement au naturel, et notamment sur l’impact du fonctionnement du cerveau et des hormones.

La physiologie concerne donc aussi bien l’évolution corporelle, notamment des tissus mous (comment réagit le corps de la femme, si l’anesthésiste ne s’en mêle pas, et si le gynécologue n’impose pas ses principes), que les phénomènes chimiques (déploiement d’hormones au niveau du cerveau) qui sont absolument fondamentaux si l’on veut comprendre et respecter le processus naturel.

La physiologie c’est, pour reprendre la définition d’un célèbre dictionnaire français, « la science qui étudie les fonctions normales des organes et des tissus des êtres vivants ». Par « normal », on entend ce que la Nature avait prévu pour l’humain, pas ce que la médecine a développé et considère aujourd’hui comme normal – par exemple, la position gynécologique « normale » recommandée, pour ne pas dire exigée, dans les salles d’accouchement classiques, n’a rien de naturel. Autrement dit, la physiologie obstétrique, telle que la décrit et la développe Odent dans son livre, c’est étudier ce que la Nature a prévu pour les femmes qui accouchent.

Odent insiste particulièrement sur l’impact du néo-cortex, et en quoi les techniques d’accouchement classiques favorisent sa pleine action. Le néo-cortex est sur stimulé et mis en alerte par les salles d’accouchement classiques, il provoque des décharges d’adrénaline qui viennent contrer, freiner voire stopper les afflux d’ocytocine. L’inhibition néocorticale est propre à l’espèce humaine : elle est la seule, parmi tous les mammifères, chez qui le néo-cortex est si développé. La physiologie préconise de neutraliser, le temps de l’accouchement, ce néo-cortex, afin de revenir à des méthodes d’accouchement anciennes et naturelles. Tout doit être mis en œuvre pour cet endormissement du néo-cortex, et pour que la femme parturiente entre dans un autre état de conscience, « dans un autre monde », oublie les acquis et les exigences sociaux, et retrouve un comportement instinctif plus proche de l’animal.

Plus proche de nous dans le temps, les observations de Bernadette de Gasquet ont également participé au développement de ces nouvelles pratiques plus respectueuses. B. de Gasquet est professeur de yoga et auteure renommée spécialisée dans la féminité et les différents aspects, notamment physiologiques, de la maternité. Elle préconise entre autres de ne pas imposer de position à la femme accouchant, et surtout pas la position gynécologique classique qu’elle présente comme étant absolument anti-naturelle et même dangereuse (puisqu’elle favorise la détérioration du périnée et la descente d’organes).

La physiologie va à l’encontre de toutes les influences historiques et culturelles qui interfèrent avec l’accouchement. L’accouchement physiologique est l’exact opposé de l’accouchement médicalisé, assisté, contrôlé. C’est un accouchement libre, respectueux, naturel, autonome et spontané.

Les salles nature

Ces dernières années, un sursaut de conscience étreint de plus en plus de mères et de praticiens, ce qui a favorisé le développement de salles Nature dans les maternités, où l’on pratique des accouchements physiologiques, respectueux, avec des pratiques moins médicalisées, moins technicisées, et plus proches d’un accouchement naturel.

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La séparation à la naissance : pourquoi il faut l’éviter

Vivre ensemble : un sens et un besoin innés

Tous les êtres humains naissent avec la soif de rencontre et de relation avec l’autre. C’est un sens inné. Tous les êtres humains naissent avec le besoin de se sentir aimés, écoutés, respectés, reconnus en tant qu’individu, avec toutes ses particularités. Le nouveau-né n’échappe pas à cette règle, et c’est avec ces désirs profondément ancrés en lui qu’il vient au monde. Naturellement, c’est chez les adultes que le bébé va chercher ce dont il a besoin, et en premier lieu, chez la personne qui prend soin de lui au quotidien, le nourrit, répond à ses besoins primaires. Cette personne deviendra sa figure d’attachement, selon la théorie développée par John Bowlby dans les années 60.

Le nouveau-né cherche donc le contact, la relation, et il a déjà en lui toutes les capacités pour nouer la relation. Avant de savoir parler, avant même de (peut-être) communiquer par des signes, le tout petit sait s’exprimer : il sourit, il a des expressions, des mimiques, des regards, il fait des gestes, il émet des sons particuliers, il pleure, etc. Chacun de ces éléments a une signification qui lui est propre : je suis triste, je suis en joie, j’ai besoin de contact avec toi, j’ai sommeil, j’ai faim, j’ai peur, etc.

Bonding ou lien d’attachement

Cela a été prouvé à de multiples reprises lors d’observations scientifiques sur les mammifères : c’est bel et bien durant les premières heures de l’existence que se crée le lien avec la mère, le fameux « bonding », ce lien d’attachement fort, qui durera toute la vie, et posera chez l’enfant les bases de la sécurité affective, et donc de ses relations sociales.

Lors de l’accouchement et à la naissance, la mère et le bébé possèdent leur propre sécrétion d’endorphines. Ils restent tous deux, sauf mauvaises conditions d’accouchement, sous l’effet de ces opiacées quelques heures durant : c’est le début de l’accoutumance, les conditions à l’installation d’un attachement très puissant, d’une certaine dépendance. Notons que le lait des premiers jours suivant la naissance contient toujours des opiacées. Lorsque le bébé tête, cela provoque la production d’endorphines chez la mère : le lait est alors encore plus chargé en opiacées. Ce qui explique les impressions de bonheur intense, de plénitude, voire d’extase, que les deux êtres dégagent durant cette période. C’est plus fort donc dans les heures suivant la naissance. Lorsqu’il y a séparation à la naissance, la mère comme l’enfant sont privés de ces immenses atouts naturels, ce qui impactera leur relation future.

Conséquences de la séparation

Les raisons de la séparation à la naissance sont multiples. Elles peuvent être catastrophiques – décès de la maman – ou superflues (voire complètement ridicules -c’est du vécu) – bébé en néo-nat car ayant besoin d’un berceau chauffant, 5 berceaux chauffants disponibles dans le service où se trouvait la maman (désespérée) mais aucun n’avait été nettoyé.

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Les limites des accouchements modernisés (ou médicalisés)

Le mal existe mais n’est pas inné. Il est créé par la société, quotidiennement, à chaque heure, sans interruption, dans le monde entier. Cela s’opère tant à travers les méthodes d’accouchement qu’à travers l’éducation des petits enfants.

Alice Miller

Répercussions du système sur la santé humaine

Il est aujourd’hui clairement prouvé que les perturbations techniques lors de l’accouchement, ainsi que les pratiques postnatales irrespectueuses de l’enfant, peuvent avoir des répercussions graves sur le lien mère-enfant, ainsi que sur la santé de l’enfant et du futur adulte, et donner lieu à de nombreux troubles. Par exemple, lorsque les parents jugent un enfant insupportable : c’est simplement qu’il exprime son mal-être à sa façon, et il est très fréquent que ce mal-être remonte aussi loin que la naissance. En effet, un enfant traumatisé dès la naissance va développer des symptômes plus ou moins lourds, qui rendront l’amour de ses parents plus difficile à obtenir, par le poids de la gestion de ces troubles au quotidien (difficultés d’endormissement, troubles du sommeil et de l’alimentation, syndrome d’abandon, manque de confiance en soi, etc).

Conditionnement

Or en France, tout un conditionnement médical et sociétal nous impose de « faire comme ça ». Des étrangers prennent le contrôle de notre grossesse, de la naissance puis du bébé. Tout est organisé de telle manière que le stress accompagne la femme enceinte, au mépris des lois naturelles du corps humain, et au-delà, des mammifères.

Un des rôles de la technicisation de l’accouchement est de fournir une échappatoire aux angoisses des futures mères : au-delà des multiples questionnements liés au fait de devenir parent, l’accouchement en lui-même provoque la peur de la douleur, et fait ressurgir de terribles angoisses inconscientes liés à la naissance de la mère elle-même. Les troubles répétés durant la vie intra utérine et les 1ers mois de vie donnent lieu aux nombreux troubles que l’on connaît aujourd’hui : difficultés de concentration avec agitation et hyperactivité (ADHD), anxiété, agressivité, conduites déraisonnables et/ou antisociales, addictions, troubles de la personnalité, dépression grave, idées suicidaires, etc.

Le problème des consultations prénatales

Tout comme le bébé doit crier à la naissance, la femme doit souffrir à l’accouchement … et la maternité doit être rentable. Alors, on fait peu de cas des répercussions émotionnelles, et on applique un planning médical bien rôdé, basé avant tout sur la rapidité et l’efficacité. La femme accoucheuse se voit imposer un protocole de soins, ainsi que le futur bébé.

Et cela commence dès les consultations prénatales. La maman se retrouve prise dans un engrenage stressant où les réponses lui sont apportées comme une évidence. Le corps médical sait mieux qu’elle, qui est pourtant la mère. Tout est ancré dans les habitudes, et il est bien difficile de faire évoluer les esprits – même si le bien-être, et donc l’avenir, de l’espèce humaine est en jeu.

Évoquons par exemple, le rôle du placenta, très négligé dans la culture française de l’accouchement. Le placenta sert à fluidifier le sang de la mère avant qu’il arrive au fœtus. Il sert également à apporter le sucre dont le fœtus a besoin. Le « diabète gestationnel » n’est donc rien d’autre qu’un signe de l’activité placentaire. Néanmoins, le mot lui-même de diabète sème trouble et angoisse chez la mère, provoquant ainsi un stress qui rebondit sur le fœtus. Il a été prouvé par ailleurs, lors de diverses études scientifiques, que le fameux test de décèlement de diabète gestationnel ne change en rien la suite des grossesses et les statistiques. Il est donc un énième stress inutile infligé à la mère et son enfant.

Un autre signe d’activité placentaire importante, qui ne préjudice en rien la poursuite de la grossesse, est l’augmentation isolée de la pression artérielle. Lorsqu’elle est détectée durant les consultations prénatales, la mère est alarmée, et se voit souvent imposer un traitement médicamenteux « adapté » – ce n’est rien d’autre qu’une nouvelle forme d’intrusion artificielle et de stress dans la vie de la mère et du bébé, pour un problème qui à la base n’en est pas un, mais est bien une réponse physiologique normale du corps à l’évolution de la grossesse.

Tous ces petits moments stressants des consultations prénatales, où le praticien vient angoisser la future mère pour X ou X raison, relèvent de ce que l’on appelle l’effet « nocebo ».

Le stress en salles d’accouchement

Les études scientifiques montrent clairement que l’état émotionnel de la mère durant la grossesse et l’accouchement influe à long terme sur la santé du bébé, bien plus que l’état émotionnel de la mère durant la première année de vie de l’enfant. Or, nombreux sont les éléments dans les salles d’accouchement classiques qui participent à installer un climat favorisant le stress.

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La naissance sans violence – Pour une autre vision de l’accouchement

En France, pendant longtemps, le corps médical s’est préoccupé de garantir à la mère un accouchement sans douleur, sans se soucier du bébé qui n’avait pas encore d’existence propre aux yeux du médecin. La tendance est très longtemps restée à s’occuper de la mère, et pas vraiment du nouveau-né.

Dans les années 60-70, les médecins Frédéric Leboyer, Françoise Dolto et Bernard This ont développé et exposé au grand public des théories nouvelles qui auraient dû révolutionner notre façon de penser l’accouchement des mères et l’arrivée des bébés. A une époque où les nouveau-nés étaient encore opérés sans anesthésie, suspendus par les jambes à la sortie du ventre de leur mère, et se voyaient d’entrée de jeu recevoir une gifle ou une fessée, sous les yeux émerveillés de tout le monde, ces médecins atypiques créèrent un énorme raz-de-marée en se plaçant du point de vue du nouveau-né, être sensible et conscient. Cette révolution, malheureusement, n’a pas bouleversé le système en profondeur.

Bernard This

Médecin et psychanalyste français, il fut le premier à demander, dès les années 50 : « respectez la sécurité de base d’un enfant ». Il dénonça sans relâche la « boucherie » de l’accouchement, et les séparations « traumatisantes » – sachant qu’à cette époque les nouveau-nés étaient systématiquement placés en nurseries et amenés à leur mère pour la tétée selon le bon vouloir et la disponibilité des puéricultrices, et au mépris total des besoins de l’enfant et de sa mère. This marqua également les esprits en revendiquant la faculté de sourire du nouveau-né, toujours dès les années 50 : selon ses observations, les bébés ne « sourient pas aux anges », mais à qui sait les regarder.

Il fut avec Danielle Rapoport co-créateur du Groupe de Recherche et d’Etude du Nouveau-Né (GRENN). Il participa activement au développement de l’haptonomie, dès le début des années 80 – l’haptonomie étant une méthode douce de caresses données par les parents au bébé à travers le ventre de la femme enceinte. Cette méthode, fondée par Frans Veldman, est considérée comme une base essentielle à l’installation de l’affectivité, ainsi qu’au bien-être du fœtus. 

This insista par ailleurs beaucoup sur le rôle du père.

« Moi quand je vois une femme enceinte, je dis toujours bonjour au bébé ». 

Bernard This a beaucoup moins marqué les esprits que Frédéric Leboyer, bien qu’il ait publié davantage. Il attribuait le succès de Leboyer, qui a aussi été énormément critiqué, au fait qu’il ait utilisé pour appuyer ses écrits de nombreuses photos, puis des films, montrant les expressions de nouveau-nés. Nous avons lu les deux auteurs, il est vrai que Leboyer est beaucoup plus agréable à suivre et « digeste » que This. Les idées de ce dernier n’en restent pas moins plus qu’honorables.

Frédéric Leboyer

Ce n’est pas la femme qui accouche, c’est l’enfant qui naît.

Leboyer s’est permis cette affirmation en se basant sur la découverte indéniable que l’hormone qui provoque les contractions, puis l’accouchement, trouve son origine dans le corps du fœtus. Leboyer passa une partie de sa vie en Inde, où il découvrit entre autres le yoga, et les nombreux atouts des massages shantala, qui le conduisirent à reconsidérer totalement les méthodes classiques d’accouchement occidental. 

Son livre le plus connu, « Pour une naissance sans violence », sorti en 1974, a soulevé les passions et provoqué de nombreux conflits.

Françoise Dolto

Dolto, qui s’intéressait plus à la vie prénatale, insista néanmoins beaucoup elle aussi sur la nécessité de traiter le nouveau-né comme un véritable sujet, et demandait notamment à ce que les soignants en salle d’accouchement surveillent leur langage qui, selon elle, s’imprimait dans la mémoire de l’enfant. Les jugements divers qu’ils pouvaient prononcer étaient aussi dangereux pour conditionner la mère sur le caractère de son bébé. Dolto pensait que cela pouvait graver dans l’esprit des parents des étiquettes qui poursuivraient l’enfant sa vie durant.

Avec Bernard This, elle fonda les Maisons Vertes, maisons d’accueil pour les parents et leurs enfants, de la gestation jusqu’à l’âge de 3 ans.

Adapter l’environnement de la salle d’accouchement à la naissance.

This comme Leboyer étaient d’accord sur ce point pour eux fondamental : la salle d’accouchement classique est beaucoup trop froide et technicisée. De par son agencement et le climat qui y règne, elle crée pour le nouveau-né des conditions d’arrivée dans le monde particulièrement violentes.

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