Confinement, séparatisme et… continuité (ou continuum)

Il est vain et épuisant de lutter contre une situation qui nous échappe… alors, pourquoi ne pas saisir cette opportunité de vivre différemment ?

D’un seul coup, la vie de notre enfant (ainsi que la nôtre d’ailleurs) n’est plus guidée par une foultitude d’activités qui remplissent les trous et comblent le vide de nos existences. Nous ne pouvons plus confier ce que nous avons de plus précieux à la responsabilité d’inconnus – aussi bienveillants puissent-ils être.

Il est alors temps de se poser une question essentielle : pourquoi et comment en sommes-nous arrivés là ? à cette débauche indécente d’activités, à ce « devoir toujours avoir quelque chose au programme », à cet irrépressible besoin de remplir nos journées, toujours plus ? Pourquoi est-ce qu’on évite ainsi de passer du temps avec nos enfants ? Qu’est-ce qui manque tant à nos vies ?

L’Amour ! ainsi que l’écrivait Valérie Vayer dans son livre « à moi ! lorsque l’égo paraît », nous sommes des « handicapés de l’Amour ».

Le séparatisme : une question de culture

Le séparatisme en France c’est un mode de vie, un véritable sport national, inculqué dès la naissance, et savamment entretenu par toutes les institutions qui nous entourent – que l’on parle d’institutions administratives ou des acquis sociétaux que trop peu de personnes osent remettre en question.

Le séparatisme, c’est dès la vie intra-utérine : via par exemple les injonctions de nos propres parents/cousins/tantes, gynécos, médias etc, qui, en toute bienveillance, nous expliquent qu’il ne faudra pas trop le porter/câliner/répondre à ses besoins, et surtout bien penser à le laisser pleurer et à lui apprendre la frustration, etc.

 
 
 
 
 
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En mode pré-partum, c’est aussi par exemple via tous les appels du pied lancés par les commerciaux pour (c’est juste un exemple parmi d’autres) faire une magnifique chambre au bébé. Une chambre qui rendra trop bien sur les photos, certes, mais franchement, pour un bébé de 1 mois, même 3, même 6, même 18 mois, les petits papillons mauves sur le mur de sa chambre, l’attrape-rêves clignotant ou le lit-cabane dernier cri, il ne les a pas demandé. Ce qui lui importe à ce bébé, ce qui importe à tous les bébés, ce qu’il demande, réclame, quotidiennement, ce qui est magnifique pour eux, ce qui est en fait un besoin vital commun,… ce sont les bras de leurs parents, le giron de leur mère, les regards remplis d’Amour, les réponses de ses parents, rapides, constantes et inconditionnelles à leurs besoins primaires de nouveau-né. Les nouveaux-nés savent exprimer leurs besoins, c’est naturel, biologique. C’est savoir écouter dès que l’on devient parent qui est plus difficile car cela demande beaucoup de déconditionnement, de développement personnel, d’apprendre à écouter et accueillir les émotions de son propre enfant intérieur.

A propos de l’écoute, sur le blog d’Enfances Épanouies : « IL N’ÉCOUTE JAMAIS RIEN ! » – ÉCOUTER SON ENFANT POUR RESPECTER QUI IL EST.

Quand vient le temps de la naissance, on ne compte pas les injonctions sociales, familiales, « amicales », médicales, politiques, religieuses, pour accoucher en structure hospitalière, ultra médicalisée. Une structure conçue pour donner la vie Humaine et qui en fait la nie dans toute sa puissance, sa beauté, sa simplicité naturelle. Une structure inhumaine finalement, où notre bébé, attendu pendant 9 mois (dans la plupart des cas), se fait manipuler dans tous les sens par des inconnus revêtus de blanc, tout froids, et sans aucune justification médicale avérée (prenez le temps de vous pencher sur les études statistiques concernant les naissances à la maison, dans des hôpitaux physio ou encore des maisons de naissance ; les parents ont le droit de refuser ce genre de manip). Voir notre article : Les limites des accouchements modernisés (ou médicalisés)

Demandons-nous : notre bébé préférerait être en peau-à-peau en train de téter sa mère quand il en a besoin, ou bien être examiné, nu, sur une table glaciale par un inconnu qui ne lui sourit même pas ? … franchement ?

Le séparatisme, c’est par la suite l’impérative inscription à la crèche, chez une « nounou », ou encore dans un « jardin d’enfant » ; et, plus tard, à l’école bien sûr – autant de leurres. Une « gardienne », aussi dévouée soit-elle, ne remplacera jamais un parent dans le cœur d’un enfant – tout au plus parviendra-t-elle à l’apaiser (ce qui, on en convient, est déjà (et hélas) super dans certains cas). L’enfant n’est pas encore né qu’il doit déjà être gardé … non mais – sérieusement ? … Perso, j’ai toujours trouvé ça sidérant. Tout ça pour quoi ? cette souffrance, cette frustration dès le départ, POUR QUOI ? POUR QUI ? Pour le séparatisme, pilier indispensable au bon fonctionnement de nos cultures occidentales.

Le séparatisme, inculqué dès le début de la vie, afin de former d’entrée de jeu des écoliers disciplinés, puis ensuite des travailleurs dociles, qui passeront leur vie dans le rang, à servir sans se poser de question un sacro-saint pouvoir patriarcal ancré en nous jusqu’à la moelle – et pourtant, c’est pas faute d’avoir fait une Révolution…

Quand le séparatisme se prend en pleine face le confinement – le séparatisme à l’épreuve du « vivre enfermés tous ensemble »

Des siècles que ce conditionnement rôdé comme une pendule s’engraine (et nous gangrène) au fil des générations. Puis là d’un coup, BIM, un couac un peu moins minime que les quelques-uns que l’Histoire aura plus ou moins retenus. Un mot d’un coup vient s’imposer à nous, dans notre quotidien, et il bouleverse tous nos acquis – con-fi-ne-ment.

Contrairement à ce qui nous a toujours été demandé, inculqué, imposé pour certains, refusé par d’autres, on nous demande de rester chez nous, wao ça c’est nouveau ! rester chez nous, avec nos enfants. Si quelques-uns s’en réjouissent, la majorité râle, s’insurge, brave même les interdits parfois. On imagine sans peine et avec effroi que beaucoup en profitent pour étaler leur propre souffrance sous forme de maltraitances diverses et variées – un débat urgentissime que néanmoins nous n’aborderons pas dans cet article. Voir notre article : 9 raisons pour lesquelles il est difficile de conserver au quotidien un accompagnement respectueux (posture parentale sans VEO -Violences éducatives Ordinaires-)

Ici, nous voulons partager à propos du non-séparatisme : il ne s’agit pas d’une opinion en fait, mais plutôt d’une réflexion logique. Cela implique de prendre le temps de réfléchir à notre statut de mammifère, et à ce que cela induit comme conséquences naturelles dans notre façon de vivre – la Nature, la grande oubliée justement, de la pensée séparatiste.

Le confinement, c’est en effet l’occasion de se tourner vers nos enfants, de prendre le temps de les regarder et non plus de seulement les voir. C’est l’occasion de prendre conscience qu’ils ne sont pas des acquis parmi nos autres possessions, qu’ils ne font pas juste partie de notre décor quotidien, non ! ils sont des êtres bien vivants, des personnes avec des besoins qui leur sont propres – comprenez : qui ne sont pas les nôtres, et n’ont pas à l’être (c’est le danger de la parentisation : poser sur les épaules de nos enfants des rôles qui nous appartiennent et ne doivent surtout pas devenir les leurs).

On attend toujours la reconnaissance de nos amies, de nos collègues, de plein de gens que l’on connaît plus ou moins, alors que celle que nous devrions vraiment attendre, la seule qui compte vraiment, c’est celle de nos enfants. C’est à eux que nous devons vraiment plaire. Prenons le temps de nous demander à quoi sert vraiment le reste. A la fin de notre vie, de quoi se souviendra-t-on ? qu’est-ce qui aura le plus de valeur à nos yeux ? les noms de nos collègues, de nos patrons, il y a fort à parier qu’on ne s’en souviendra même pas en fait.

Alors vraiment, profitons de ce temps de confinement pour en tirer du meilleur :

posons-nous, pausons-nous et ouvrons les yeux sur ce (ceux) qui compte vraiment : nos enfants.

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Nous pouvons tous être des « témoins secourables » (notion d’Alice Miller)

Vous avez aperçu cette expression à plusieurs reprises au détour d’un article, ou bien sur les réseaux sociaux, dans des groupes de témoignage, d’entraide et de conseil parentaux, et vous vous demandez bien ce que cela signifie ?


Cette notion de témoin secourable vient d’Alice Miller (1923-2010). Psychologue brillante et renommée, Alice Miller s’était retirée en Provence afin de se consacrer à l’écriture des résultats de ses nombreuses recherches concernant le développement de l’enfant. Elle travaillait plus particulièrement sur les violences imposées aux enfants – celles que l’on voit, mais aussi et surtout celles que l’on tait – et les répercussions de ces violences sur l’individu à l’âge adulte.

Elle écrivit ainsi pas loin de 15 ouvrages dédiés à ce sujet, ainsi que de nombreux articles. Certains sont consultables en ligne, notamment sur son site dont voici le lien : alice-miller.com.

Alice Miller écrivait en allemand ou en anglais, aussi il peut arriver que les traductions varient, et que l’on trouve tour à tour les appellations suivantes : témoin empathique, éclairé, lucide, salvateur ou secourable. Nous nous sommes longuement penchés sur la question afin de décrypter ses diverses appellations, et nous allons tenter d’éclaircir ses notions, afin qu’elles puissent être utiles au plus grand nombre, dans l’intérêt des Enfants qui ont besoin d’aide (qu’ils soient intérieurs, ou pas).

Pour résumer de façon très succincte :

  • un témoin secourable est quelqu’un qui aime un enfant maltraité
  • un témoin empathique/éclairé/lucide est quelqu’un qui écoute une victime avec sollicitude et sans jugement, permettant ainsi la libération de l’enfant intérieur qui souffre dans un corps devenu adulte. 

L’affection comme la libération sont primordiales et essentielles au bonheur de chaque individu. Sans cela, l’enfant intérieur jamais écouté, jamais consolé, voit son corps ployer sous sa souffrance. Cela se manifeste à l’âge adulte (parfois avant) par des soucis très variés mais bien concrets, pouvant aller des troubles de la personnalité à des maladies chroniques ou graves, en passant par la transmission de la violence aux générations suivantes.

Voici de plus amples explications :

Le témoin secourable de l’enfance

Le témoin secourable est quelqu’un qui montre à un enfant qui souffre de maltraitance, quelle qu’elle soit, qu’autre chose est possible, que l’amour existe bien, et que cette victime peut aussi faire l’objet d’affection, comme n’importe qui d’autre. 

Le témoin secourable est, pour reprendre les termes d’Alice Miller,

une personne auprès de laquelle [on] pouvait se sentir en sécurité, aimé, protégé, respecté

Alice Miller

C’est une personne…

  • qui revalorise l’être humain en souffrance
  • qui lui rappelle qu’il a le droit d’exister
  • qui lui rappelle qu’il mérite bien mieux que cette maltraitance dont il fait l’objet
  • qui le rassure sur le fait qu’il est, lui aussi, aimable – au sens où il peut faire l’objet d’affection de la part de quelqu’un. 

Ce rôle peut être assumé par n’importe quelle personne que la victime est amenée à croiser sur sa route : quelqu’un de la famille, ou bien un ou une inconnue, un enseignant, une voisine, une employée de maison, etc. Ce témoin est une personne qui apporte à l’enfant délaissé un peu de sympathie, idéalement même de l’amour. Cette personne ne cherche jamais à manipuler la victime, sous prétexte d’éducation ou autre, elle lui fait confiance et lui ré-apprend l’idée qu’il n’est pas « méchant » mais mérite bien que l’on soit gentil avec lui.

Grâce à ce témoin, qui ne sera d’ailleurs pas forcément conscient de son rôle crucial et salvateur, l’enfant apprend qu’il existe en ce monde quelque chose comme de l’amour.

Si les circonstances se montrent favorables, il arrivera à faire confiance à autrui, à préserver sa capacité d’aimer et de faire preuve de bonté, à sauvegarder en lui d’autres valeurs de la vie humaine. En l’absence totale de témoin secourable, l’enfant glorifie la violence et, plus tard, l’exercera souvent à son tour, de façon plus ou moins brutale et sous le même prétexte hypocrite.

Alice Miller – « Notre corps de ment jamais »

Pour illustrer cela de manière très simple, Alice Miller cite souvent l’exemple de Dostoïevski – un père extrêmement brutal mais une mère aimante, qui n’empêchait pas les coups mais témoignait de l’affection à son enfant – une mère « témoin secourable », qui montrait à son enfant que l’amour est possible malgré la violence, et qu’il pouvait en faire l’objet.

Tous les hommes et les femmes interrogés, par Alice Miller ou par d’autres, qui avaient subi des violences à des degrés divers dans leur enfance mais qui n’ont pas perpétué les schémas de la violence sur leurs propres enfants, ont tous dit avoir bénéficié de l’appui d’un « témoin secourable », c’est-à-dire une personne qui, si elle n’a pas empêché les sévices, a au moins manifesté de l’affection, voire de l’amour, à l’enfant victime.

Le témoin lucide de l’âge adulte

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Isoler un enfant

Isoler un enfant peut se faire sur le plan physique (c’est la très classique mise au coin ou au piquet) mais aussi sur le plan psychique. L’isolement est induit par n’importe quelle forme de punition, et même par les violences verbales : le fait de punir est une atteinte au lien affectif qui lie l’enfant à ses parents, cela le met à l’écart, c’est comme une pause dans la relation. Cela place l’enfant dans une position extrêmement inconfortable d’insécurité affective (d’autant plus grave si elle vient s’ajouter à une insécurité physique).

La mise au coin, qu’elle soit physique ou verbale, est connue sous l’appellation anglo-saxonne « time-out »  : un terme qui, selon nous, exprime bien toute la violence de la démarche. Il peut aussi bien s’agir :

  • de la punition classique que de nombreuses générations ont connue à l’école,
  • d’une humiliation verbale en public,
  • d’une volonté plus dangereuse de la part de l’adulte qui la décrète.

Il s’agit d’un phénomène sociétal culturel, qui malheureusement reste très répandu, que ce soit au niveau familial ou dans les structures d’accueil de la petite enfance. C’est encore pratiqué couramment dans certaines écoles primaires, et parfois même, c’est recommandé par des pédiatres.

Voir l’article Les violences éducatives ordinaires dans nos écoles

Un adulte cherche à isoler un enfant pour :

  • s’en débarrasser, s’en décharger (il se sent en incapacité d’accueillir les besoins et les émotions de l’enfant, qui peuvent le renvoyer à sa propre histoire) ;
  • le forcer à réfléchir à son comportement (alors que l’enfant n’en a pas les capacités cérébrales) ;
  • le punir en le blessant “pour qu’il comprenne” (alors, que, on le sait : la punition n’a aucun intérêt en terme d’accompagnement) ;
  • asseoir son autorité, par la peur, la menace, la contrainte (alors que ces pratiques sont terriblement néfastes).

Voir l’article Pourquoi les punitions, récompenses, menaces et le chantage sont néfastes ?

Quoiqu’il en soit, il apparaît très clairement à la lumière des découvertes en neurosciences de l’enfant, que ses effets sont dévastateurs sur le développement du cerveau.

Les recherches scientifiques montrent toutes sans équivoque que la détresse émotionnelle provoquée par l’isolement est telle que les dégâts infligés au cerveau sont aussi graves et délétères que ceux provoqués par les violences physiques.

L’impact désastreux de l’isolement sur le développement de l’enfant

Isoler un enfant, c’est le mettre en état de désespoir. L’adulte cherche à isoler l’enfant au moment où, au contraire, celui-ci a le plus besoin de contact et de rapprochement. Il faudrait donc, au contraire du « time-out », proposer un « time-in ».

Continuer la lecture de « Isoler un enfant »

L’indifférence

Indifférence et privation d’affection

Les démonstrations d’affection sont primordiales pour le jeune enfant, pour ne pas dire vitales. Considérez déjà vous, adulte, comme vous vous sentez mal quand une personne qui vous est chère ne vous démontre pas d’affection ? que ce soient des bisous, des câlins, des mots doux, du temps passé ensemble, les enfants en ont besoin pour leur bon développement. N’oublions pas que l’enfant dépend totalement de ses parents : pour lui, un manque d’affection sera interprété comme une mise en danger de sa survie.

Par ailleurs, le jeune enfant agit par mimétisme. S’il est aimé et sécurisé par ses parents, il agira de même, plus tard, dans ses relations avec autrui. A l’inverse, s’il est maltraité, négligé, il risque fort de reproduire le même type de comportement négatif toute sa vie.

Malheureusement, le mode de vie trépidant de nos sociétés modernes fait que bien souvent les parents oublient de montrer des signes d’affection, ils sont tout le temps dans la course et le stress, et n’ont bien souvent qu’une hâte le soir, c’est de se coucher (=se débarrasser des enfants), alors que l’enfant a précisément besoin d’être câliné, rassuré, et lui aussi réconforté de sa dure journée.

D’autre part, plus l’enfant grandit, plus le parent a tendance à « oublier » de montrer ces signes d’affection, considérant souvent que l’enfant, plus grand, n’en a tout simplement plus besoin. Et puis il faut bien l’avouer, la pudeur de nos sociétés quant à la démonstration des sentiments, fait que s’il est commun de papouiller un bébé, il n’en va pas de même du tout pour un enfant de 10 ans, et encore moins, a fortiori, pour un adolescent – qui pourtant, est bien souvent dans une détresse absolue, et serait tellement aidé si les barrières mentales sociales tombaient, et que ses parents lui démontraient plus d’affection. Le manque de communication qui s’installe à l’adolescence, et qui pourrit bien des familles, vient principalement du fait que les jeunes ne se sentent ni aimés, ni compris. Ils vont donc se replier sur eux-mêmes ou choisir la voie de l’agressivité comme système de défense, et d’expression de leur détresse. Le parent, piqué au vif, réagit généralement et fort malheureusement, à l’inverse de ce qui lui est demandé, à savoir qu’il va lui aussi chercher à se défendre. C’est alors l’escalade infernale.

Il est primordial de montrer des signes d’affection aux enfants, y compris aux nourrissons – imaginez un bébé passer ses journées dans un état de stress permanent ? il faut bien être conscient que le cerveau de l’enfant se développe constamment jusqu’à l’âge de 8 ans environ pour les principales fonctions, mais en réalité, jusqu’à 25 ans. Le cerveau de l’enfant, à la naissance, est prêt à ressentir toutes sortes d’émotions, mais il n’est absolument pas prêt à les exprimer correctement (comprenons, de manière à ce que l’adulte les comprenne), et encore moins à les gérer (d’ailleurs, on peut se demander si on ne l’est jamais totalement ?). Or, un enfant manquant de signes affectifs, ne pourra accéder correctement à la maturation cérébrale. L’ocytocine, hormone du bonheur, responsable de cette maturation, lui fait défaut. Cet individu grandira avec des difficultés cognitives, sociales, une incapacité à gérer ses émotions, des problèmes comportementaux, qui perdureront sa vie durant, s’il ne se fait pas aider par un thérapeute compétent et spécialisé.

L’indifférence des parents peut avoir plusieurs causes :

  • C’est un modèle éducatif qu’ils ont eux-mêmes subi durant leur enfance ;
  • Ils sont épuisés et pas loin du burn-out ;
  • Ils se réfugient derrière ce type d’éducation pour forger des enfants « forts » ;
  • L’enfant, trop idéalisé par les normes sociales et les pressions familiales, n’a pas répondu à leurs attentes ;
  • On parle aussi d’éducation négligente, notamment lorsque la dimension financière entre en compte dans l’indifférence dont les enfants font l’objet (l’investissement parental, dans tous les sens du terme, fait défaut).

Parents : les situations ordinaires où l’on se montre indifférents.

Un des aspects essentiels de l’amour parental réside dans l’affection, l’acceptation inconditionnelle, et le simple fait d’entretenir une relation. L’indifférence, c’est priver l’enfant de ce dont il a besoin au quotidien, notamment de l’affection, mais c’est aussi le rejeter. Être indifférent, c’est se comporter comme si l’enfant n’était pas là ou n’existait pas. Cela se traduit par de multiples manifestations qui sont autant de Violences Éducatives Ordinaires :

  • Parler de lui à quelqu’un d’autre en sa présence ;
  • Ne pas prendre le temps de passer des moments de qualité avec son enfant ;
  • Avoir des conversations qui l’excluent car il ne peut pas les comprendre ;
  • Ne pas l’écouter quand il parle ;
  • Ne pas accueillir ni entendre ses émotions et sentiments ;
  • Ne pas le protéger quand il en a besoin ;
  • Ne pas exprimer de reconnaissance quand il fait quelque chose, alors que nous le ferions pour un adulte (les « merci » se font souvent rares quand il s’agit des gestes des enfants, beaucoup de parents considérant que c’est normal par exemple qu’il débarrasse la table) ;
  • Ne pas prendre en compte ses goûts et ses opinions ;
  • Être plus intéressé(e) par son journal/téléphone/série télé, ne pas interrompre nos activités lorsque l’enfant nous parle ou a besoin de nous ;
  • Ne pas réagir aux pleurs/ à la détresse de son enfant ;
  • Ne pas répondre aux besoins ponctuels de l’enfant (d’être rassuré, câliné, porté, de passer un moment de complicité, etc) ;
  • Nier ses souffrances, minimiser ses douleurs (« c’est rien », « tu pleurniches tout le temps », « quel bébé », etc) ;
  • Négliger son suivi médical ou ne pas consulter en cas de troubles importants ou récurrents ;
  • Ne pas encourager l’enfant dans sa voie ; 
  • Lui imposer nos activités sans tenir compte de son intérêt et de ses rythmes biologiques ;
  • Faire passer notre confort avant le sien ; etc, etc …
Continuer la lecture de « L’indifférence »

Les douces violences

Qu’est-ce que c’est ?

C’est ce que l’on considère comme « les petits riens » du quotidien, des actes ou des paroles brefs, ancrés dans nos habitudes de parents, que l’on fait inconsciemment ou involontairement, et que l’on juge anodins. Il s’agit d’actions que l’on ne considère pas comme gênantes, que l’on peut même trouver drôles (mais c’est notre point de vue d’adulte). Ce sont tous ces gestes, comportements et paroles qui sont générés par les habitudes sociales, mais aussi souvent par notre impuissance en tant que parent, ainsi que par notre propre expérience, étant enfant, des douces violences.

Il est important de souligner que les douces violences sont également très présentes et même systématiques dans les lieux d’accueil de la petite enfance, qu’il s’agisse de petites structures comme les accueils en maison d’assistantes maternelles, ou des structures plus grosses et plus institutionnalisées, comme les crèches ou les écoles. Ce sujet est très largement développé dans les ouvrages de Christine Schuhl.

Les douces violences regroupent tous les comportements perçus comme banals mais qui ont bel et bien un impact sur le développement affectif, social et psychologique de l’enfant. En effet, toutes ces douces violences créent un malaise chez l’enfant, un mal-être, et mènent à l’insécurité affective, ainsi qu’elles installent un climat de crainte et de méfiance, voire de rancœur liée à la frustration.

Quelle est la différence entre douce violence et VEO ?

Le parent qui pratique les douces violences comme celui qui pratique les VEO ne le fait généralement pas consciemment, au sens où il n’est pas délibérément en train de faire du mal à l’enfant : il ne cherche pas à nuire. Les 2 comportements sont étroitement liés. Cependant, on peut noter cette différence :
Avec les VEO, le parent pense éduquer son enfant : lui apprendre, en lui imposant son comportement, à faire comme il faut. C’est le fameux « c’est pour son bien » dénoncé par Alice Miller lorsqu’elle parle de pédagogie noire ;
Avec les douces violences, le parent n’a absolument pas conscience que son comportement peut blesser l’enfant : c’est le cas très évident du petit surnom qui blesse l’enfant, alors que l’adulte le trouve « trop mignon ». C’est aussi le cas lorsque nous imposons à l’enfant tout ce qui nous concerne, mais que lui ne comprend pas, et qui ne répond pas à ses besoins, ni à ses envies.

Tout comme pour les VEO, nous avons tous été confrontés aux douces violences dans notre propre enfance : nous allons donc automatiquement les reproduire avec nos propres enfants (faute de développement personnel). Cela est d’autant plus facile que, nous l’avons dit plus haut, les douces violences sont considérées comme anodines, et comme n’ayant pas d’impact sur le développement et le bonheur de l’enfant. Avec les douces violences, les parents ne culpabilisent pas, bien au contraire : ils reproduisent des schémas ancrés dans nos sociétés, sans avoir la moindre conscience du mal qui est ainsi fait. C’est pour cette raison qu’elles sont appelées « douces violences » .

Liste non-exhaustive de douces violences

C’est tout ce qui est parole blessante, geste maladroit, manque d’attention (on reste le visage figé sur le portable alors que l’enfant nous parle), jugements, a priori, etc. C’est aussi quand on laisse nos propres sentiments/opinions/goûts/envies/besoins prendre le dessus sur ce que ressent l’enfant – on l’empêche de s’exprimer, on nie son existence en tant qu’individu, on considère que notre opinion/envie prime parce qu’on est adulte et donc supérieur.

  • Donner des surnoms péjoratifs que l’on trouve mignons mais qui en réalité blessent l’enfant (« petit monstre »), qui a besoin pour se construire et se sentir exister en tant qu’individu reconnu d’être appelé par son prénom ;
  • Faire des promesses mais ne pas les tenir (en pensant par exemple que l’enfant, parce qu’il est enfant, aura vite oublié) ;
Continuer la lecture de « Les douces violences »