L’indifférence

Indifférence et privation d’affection

Les démonstrations d’affection sont primordiales pour le jeune enfant, pour ne pas dire vitales. Considérez déjà vous, adulte, comme vous vous sentez mal quand une personne qui vous est chère ne vous démontre pas d’affection ? que ce soient des bisous, des câlins, des mots doux, du temps passé ensemble, les enfants en ont besoin pour leur bon développement. N’oublions pas que l’enfant dépend totalement de ses parents : pour lui, un manque d’affection sera interprété comme une mise en danger de sa survie.

Par ailleurs, le jeune enfant agit par mimétisme. S’il est aimé et sécurisé par ses parents, il agira de même, plus tard, dans ses relations avec autrui. A l’inverse, s’il est maltraité, négligé, il risque fort de reproduire le même type de comportement négatif toute sa vie.

Malheureusement, le mode de vie trépidant de nos sociétés modernes fait que bien souvent les parents oublient de montrer des signes d’affection, ils sont tout le temps dans la course et le stress, et n’ont bien souvent qu’une hâte le soir, c’est de se coucher (=se débarrasser des enfants), alors que l’enfant a précisément besoin d’être câliné, rassuré, et lui aussi réconforté de sa dure journée.

D’autre part, plus l’enfant grandit, plus le parent a tendance à « oublier » de montrer ces signes d’affection, considérant souvent que l’enfant, plus grand, n’en a tout simplement plus besoin. Et puis il faut bien l’avouer, la pudeur de nos sociétés quant à la démonstration des sentiments, fait que s’il est commun de papouiller un bébé, il n’en va pas de même du tout pour un enfant de 10 ans, et encore moins, a fortiori, pour un adolescent – qui pourtant, est bien souvent dans une détresse absolue, et serait tellement aidé si les barrières mentales sociales tombaient, et que ses parents lui démontraient plus d’affection. Le manque de communication qui s’installe à l’adolescence, et qui pourrit bien des familles, vient principalement du fait que les jeunes ne se sentent ni aimés, ni compris. Ils vont donc se replier sur eux-mêmes ou choisir la voie de l’agressivité comme système de défense, et d’expression de leur détresse. Le parent, piqué au vif, réagit généralement et fort malheureusement, à l’inverse de ce qui lui est demandé, à savoir qu’il va lui aussi chercher à se défendre. C’est alors l’escalade infernale.

Il est primordial de montrer des signes d’affection aux enfants, y compris aux nourrissons – imaginez un bébé passer ses journées dans un état de stress permanent ? il faut bien être conscient que le cerveau de l’enfant se développe constamment jusqu’à l’âge de 8 ans environ pour les principales fonctions, mais en réalité, jusqu’à 25 ans. Le cerveau de l’enfant, à la naissance, est prêt à ressentir toutes sortes d’émotions, mais il n’est absolument pas prêt à les exprimer correctement (comprenons, de manière à ce que l’adulte les comprenne), et encore moins à les gérer (d’ailleurs, on peut se demander si on ne l’est jamais totalement ?). Or, un enfant manquant de signes affectifs, ne pourra accéder correctement à la maturation cérébrale. L’ocytocine, hormone du bonheur, responsable de cette maturation, lui fait défaut. Cet individu grandira avec des difficultés cognitives, sociales, une incapacité à gérer ses émotions, des problèmes comportementaux, qui perdureront sa vie durant, s’il ne se fait pas aider par un thérapeute compétent et spécialisé.

L’indifférence des parents peut avoir plusieurs causes :

  • C’est un modèle éducatif qu’ils ont eux-mêmes subi durant leur enfance ;
  • Ils sont épuisés et pas loin du burn-out ;
  • Ils se réfugient derrière ce type d’éducation pour forger des enfants « forts » ;
  • L’enfant, trop idéalisé par les normes sociales et les pressions familiales, n’a pas répondu à leurs attentes ;
  • On parle aussi d’éducation négligente, notamment lorsque la dimension financière entre en compte dans l’indifférence dont les enfants font l’objet (l’investissement parental, dans tous les sens du terme, fait défaut).

Parents : les situations ordinaires où l’on se montre indifférents.

Un des aspects essentiels de l’amour parental réside dans l’affection, l’acceptation inconditionnelle, et le simple fait d’entretenir une relation. L’indifférence, c’est priver l’enfant de ce dont il a besoin au quotidien, notamment de l’affection, mais c’est aussi le rejeter. Être indifférent, c’est se comporter comme si l’enfant n’était pas là ou n’existait pas. Cela se traduit par de multiples manifestations qui sont autant de Violences Éducatives Ordinaires :

  • Parler de lui à quelqu’un d’autre en sa présence ;
  • Ne pas prendre le temps de passer des moments de qualité avec son enfant ;
  • Avoir des conversations qui l’excluent car il ne peut pas les comprendre ;
  • Ne pas l’écouter quand il parle ;
  • Ne pas accueillir ni entendre ses émotions et sentiments ;
  • Ne pas le protéger quand il en a besoin ;
  • Ne pas exprimer de reconnaissance quand il fait quelque chose, alors que nous le ferions pour un adulte (les « merci » se font souvent rares quand il s’agit des gestes des enfants, beaucoup de parents considérant que c’est normal par exemple qu’il débarrasse la table) ;
  • Ne pas prendre en compte ses goûts et ses opinions ;
  • Être plus intéressé(e) par son journal/téléphone/série télé, ne pas interrompre nos activités lorsque l’enfant nous parle ou a besoin de nous ;
  • Ne pas réagir aux pleurs/ à la détresse de son enfant ;
  • Ne pas répondre aux besoins ponctuels de l’enfant (d’être rassuré, câliné, porté, de passer un moment de complicité, etc) ;
  • Nier ses souffrances, minimiser ses douleurs (« c’est rien », « tu pleurniches tout le temps », « quel bébé », etc) ;
  • Négliger son suivi médical ou ne pas consulter en cas de troubles importants ou récurrents ;
  • Ne pas encourager l’enfant dans sa voie ; 
  • Lui imposer nos activités sans tenir compte de son intérêt et de ses rythmes biologiques ;
  • Faire passer notre confort avant le sien ; etc, etc …
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Les douces violences

Qu’est-ce que c’est ?

C’est ce que l’on considère comme « les petits riens » du quotidien, des actes ou des paroles brefs, ancrés dans nos habitudes de parents, que l’on fait inconsciemment ou involontairement, et que l’on juge anodins. Il s’agit d’actions que l’on ne considère pas comme gênantes, que l’on peut même trouver drôles (mais c’est notre point de vue d’adulte). Ce sont tous ces gestes, comportements et paroles qui sont générés par les habitudes sociales, mais aussi souvent par notre impuissance en tant que parent, ainsi que par notre propre expérience, étant enfant, des douces violences.

Il est important de souligner que les douces violences sont également très présentes et même systématiques dans les lieux d’accueil de la petite enfance, qu’il s’agisse de petites structures comme les accueils en maison d’assistantes maternelles, ou des structures plus grosses et plus institutionnalisées, comme les crèches ou les écoles. Ce sujet est très largement développé dans les ouvrages de Christine Schuhl.

Les douces violences regroupent tous les comportements perçus comme banals mais qui ont bel et bien un impact sur le développement affectif, social et psychologique de l’enfant. En effet, toutes ces douces violences créent un malaise chez l’enfant, un mal-être, et mènent à l’insécurité affective, ainsi qu’elles installent un climat de crainte et de méfiance, voire de rancœur liée à la frustration.

Quelle est la différence entre douce violence et VEO ?

Le parent qui pratique les douces violences comme celui qui pratique les VEO ne le fait généralement pas consciemment, au sens où il n’est pas délibérément en train de faire du mal à l’enfant : il ne cherche pas à nuire. Les 2 comportements sont étroitement liés. Cependant, on peut noter cette différence :
Avec les VEO, le parent pense éduquer son enfant : lui apprendre, en lui imposant son comportement, à faire comme il faut. C’est le fameux « c’est pour son bien » dénoncé par Alice Miller lorsqu’elle parle de pédagogie noire ;
Avec les douces violences, le parent n’a absolument pas conscience que son comportement peut blesser l’enfant : c’est le cas très évident du petit surnom qui blesse l’enfant, alors que l’adulte le trouve « trop mignon ». C’est aussi le cas lorsque nous imposons à l’enfant tout ce qui nous concerne, mais que lui ne comprend pas, et qui ne répond pas à ses besoins, ni à ses envies.

Tout comme pour les VEO, nous avons tous été confrontés aux douces violences dans notre propre enfance : nous allons donc automatiquement les reproduire avec nos propres enfants (faute de développement personnel). Cela est d’autant plus facile que, nous l’avons dit plus haut, les douces violences sont considérées comme anodines, et comme n’ayant pas d’impact sur le développement et le bonheur de l’enfant. Avec les douces violences, les parents ne culpabilisent pas, bien au contraire : ils reproduisent des schémas ancrés dans nos sociétés, sans avoir la moindre conscience du mal qui est ainsi fait. C’est pour cette raison qu’elles sont appelées « douces violences » .

Liste non-exhaustive de douces violences

C’est tout ce qui est parole blessante, geste maladroit, manque d’attention (on reste le visage figé sur le portable alors que l’enfant nous parle), jugements, a priori, etc. C’est aussi quand on laisse nos propres sentiments/opinions/goûts/envies/besoins prendre le dessus sur ce que ressent l’enfant – on l’empêche de s’exprimer, on nie son existence en tant qu’individu, on considère que notre opinion/envie prime parce qu’on est adulte et donc supérieur.

  • Donner des surnoms péjoratifs que l’on trouve mignons mais qui en réalité blessent l’enfant (« petit monstre »), qui a besoin pour se construire et se sentir exister en tant qu’individu reconnu d’être appelé par son prénom ;
  • Faire des promesses mais ne pas les tenir (en pensant par exemple que l’enfant, parce qu’il est enfant, aura vite oublié) ;
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Le rôle du père

Article et données mises à jour le : 30 juin 2020

En France, jusque dans les années 80, les pères étaient interdits de séjour en salles d’accouchements. Aujourd’hui, c’est l’inverse : c’est très mal vu s’ils n’y sont pas présents. Le père autrefois rejeté se voit aujourd’hui confronté à une pression énorme, qui ne laisse pas de place à ses propres affects et ressentis, ses envies, ses appréhensions. Ce qui est assez logique finalement : c’est ce que le conditionnement social dicte aux hommes depuis des siècles. Un homme ne doit pas laisser apparaître ses sentiments, ne doit pas montrer de signes de faiblesse. Tout petit déjà, on lui a appris qu’un homme, ça ne pleure pas. Un homme c’est fort, quoi qu’il arrive. C’est comme ça. Tous en souffrent.

Et parmi ceux qui souffrent, il y a ceux qui portent un masque, qui sont dans le déni, et qui exposent ça en se cachant derrière la fierté. Ils en sont fiers, ou du moins essaient de le faire croire. Pour ne pas avoir à exprimer leurs émotions, justement. Se mettre à nu, c’est accepter que les autres sachent qu’on a souffert/qu’on souffre encore. Alors voilà : les hommes n’expriment pas leurs émotions de peur qu’on découvre qu’ils en ont été réprimé -de leur droit à l’expression. C’est un cercle vicieux. Dans lequel la plupart des pères d’aujourd’hui embarque malheureusement aussi leurs enfants. La chaîne doit être brisée.

Eddy De Pretto, un artiste que nous apprécions beaucoup, a vécu, subi, écrit et chanté sur le sujet. Voici certains des thèmes qu’il a abordé, avec classe et justesse :

Bernard This et l’amorce du changement

Bernard This était un fervent défenseur du rôle du père et de l’importance de ne pas nier la paternité : selon lui, un bébé se fait, véritablement, à deux. Dans les années 50, This étudia nombre de cas dans des hôpitaux parisiens, et lança des questionnaires. Cela l’amena rapidement à annoncer que « 98% des pères » souhaitaient, déjà à l’époque, assister à l’accouchement, ce qui lui valut les foudres de ses pairs et du Conseil de l’Ordre des Médecins. Il était un peu trop précurseur pour son époque, et ses détracteurs, afin de ne pas laisser les pères entrer dans les salles d’accouchements, se réfugièrent derrière l’excuse des risques microbiens. Néanmoins, Bernard This campa sur ses positions, à travers de nombreux articles et des ouvrages très critiqués – « Naître » (1972), « Neuf mois dans la vie d’un homme », « Naître et sourire » (1977), « Le Père : acte de naissance » (1980). En 1979, il créa avec Françoise Dolto la 1ère Maison Verte à Paris, centrée sur l’accueil des enfants âgés de 0 à 3 ans et des parents. Des maisons qui s’opposent radicalement aux « pôles couples-enfants » proposés dans la plupart des hôpitaux français aujourd’hui : comme si le corps médical classique cherchait encore à nier la place du père.

Traditionnellement on l’a vu, les grossesses étaient l’apanage des mères, une affaire de femmes. Aujourd’hui ce n’est plus le cas. Faire un enfant est un vrai projet de vie, une décision prise à deux (en théorie parfois, de plus en plus en réalité) : un projet de couple. Il ne s’agit plus uniquement du duo mère/enfant, mais bien d’un trio : maman, papa, bébé. Tout est fait pour inciter le père à participer à l’aventure de la grossesse. Il lui est fortement conseillé d’assister aux échographies et autres rendez-vous gynécologiques, et les publicités marketing l’incluent dans le tableau autant que possible : il existe même en proposition à la vente toute une variété de porte-bébé conçus spécialement, exclusivement, pour les hommes. Dans un autre registre, on peut également évoquer la loi pour l’égalité hommes/femmes en matière de congés parentaux, votée au Sénat en 2013.

∙ Trouver sa place

Chez de nombreuses espèces animales, l’attachement au père ne se fait tout simplement pas. Chez les humains, cet attachement est long et progressif. Pour les pères, il n’y a pas les mêmes déclenchements hormonaux qu’avec la mère. A la naissance, les pères sont souvent déstabilisés par l’osmose entre la mère et l’enfant, et ont du mal à trouver leur place – et même à savoir qu’ils en ont une, et qu’ils doivent la prendre – là encore, les poids environnementaux -sociétal et familial- peuvent parfois être très lourds.

La conjugaison des temps passés avec les deux parents est pourtant très enrichissante pour l’enfant, puisque mères et pères n’ont pas les mêmes comportements ni les mêmes façons de faire. Pensons au concept du continuum : si la Nature a prévu deux êtres pour en créer un 3ème, il y a bien une raison, qui ne peut pas se limiter à de la biologie. Être père, ce n’est pas juste être un géniteur.

Il est donc important de permettre au père et au nourrisson de se rencontrer au plus vite après la naissance, afin de veiller à bien instaurer le lien dès les premiers jours et de bénéficier aussi du fabuleux taux d’hormones post-naissance. Inutile de stresser : chaque nouveau parent apprend en même temps que son enfant. Les maladresses ne doivent pas générer de la honte, ou des « je n’ose plus » – elles sont le fait de tout le monde.

∙ Paterner, c’est possible dès le début de la grossesse

Contrairement à la femme, le père ne vit pas le changement corporel et hormonal qui permet de prendre conscience de la grossesse et de la prochaine venue au monde de l’enfant. Il peut néanmoins s’impliquer dans la grossesse, en accompagnant aux échographies, à des cours de préparation ou d’accompagnement à l’accouchement, en faisant des massages apaisants, ou encore des marches accompagnatrices où il pourra par exemple faire des exercices respiratoires avec la maman. Et puis bien sûr il y a l’haptonomie, ou l’art de communiquer, par des caresses, le son de la voix et des jeux sur le ventre de la mère, avec le fœtus in utero – qui perçoit très bien si la main qui caresse est celle de sa mère, ou de quelqu’un d’autre. Le père a aussi une place importante à prendre dans la fabrication du nid qui accueillera l’enfant. Enfin, selon de récentes études scientifiques, l’impact du rôle tenu par le père sur le développement du cerveau de l’enfant serait aussi important que celui tenu par la mère.

Comment et pourquoi paterner ?

Prenez le temps d’assurer et de savourer pleinement vos fonctions paternelles. Un père peut, tout comme une mère, appliquer les principes du maternage proximal. Bien sûr, il ne peut pas allaiter, mais il peut participer à l’allaitement :

  • En s’installant auprès de la maman qui allaite : il peut guider bébé vers le sein, caresser bébé pendant la tétée, prendre soin de lui quand la tétée est terminée, etc.
  • En donnant du lait maternel tiré au préalable ;

Le père peut également pratiquer les autres aspects du maternage proximal :

  • Le peau-à-peau ;
  • Le co-dodo – même sans la maman qui, si cela convient au bébé/bambin, peut ainsi s’octroyer de temps en temps une sieste de sommeil par exemple, à condition bien sûr que le papa ait les ressources pour veiller à la sécurité et au bien-être du bébé ;
  • Le portage, qui est un instant privilégié et essentiel durant lequel le bébé ne se sent pas seul, dort mieux, régule sa température grâce à la proximité avec le parent, digère mieux et s’éveille au monde en observant les gestes au quotidien du parent qui le porte (d’où les multiples enrichissements quand bébé est porté à la fois par son père et sa mère : il bénéficie de deux points de vue différents sur la vie, et la façon de la vivre) ;
  • L’HNI (Hygiène Naturelle Infantile) et/ou le change, le bain ;
  • La LSF (Langue des Signes Française) et/ou les gestes et paroles, avec tendresse et douceur.

Le père participe ainsi, lui aussi, à l’établissement de la sécurité affective de l’enfant. Il se pose comme figure principale, tout comme la mère. L’enfant peut avoir plusieurs ports d’attache. L’enfant va savoir vers qui se diriger en fonction de sa demande, de son besoin. Le père ne prend pas la place de la mère dans le quotidien du bébé, pas plus qu’il ne met en danger sa place dans le cœur de l’enfant (encore une idée issue d’un conditionnement sociétal) : bien au contraire, il la complète.

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Le maternage proximal

Le maternage proximal, c’est quoi ? 

C’est une philosophie d’accueil du bébé, radicalement opposée aux habitudes ancrées dans nos sociétés qui relèvent plus d’un maternage distal : c’est-à-dire ne pas trop s’occuper d’un bébé, le laisser pleurer, ne pas le laisser dicter les horaires de prise alimentaire, de sommeil, etc – en somme, ne respecter ni ses besoins primaires ni son rythme biologique, au profit du confort parental. 

A contrario, le maternage proximal prône une présence quasi permanente de la mère, et des soins abondants (à volonté). C’est une nouvelle tendance qui a pris beaucoup d’ampleur ces dernières années, à la faveur notamment de la diffusion des découvertes des neuroscientifiques en matière de développement de l’enfant, particulièrement de son cerveau.

Le maternage proximal, c’est prendre grand soin de l’enfant, le sécuriser, le consoler, le câliner, lui prodiguer des gestes tendres, parler d’une voix douce, l’apaiser, le regarder avec amour. C’est suivre son instinct, écouter son cœur, ses besoins et ses envies de maman, au lieu de se laisser influencer par le conditionnement social, les paroles et le regard des autres – qui conservent aujourd’hui encore un poids énorme dans nos sociétés occidentales.

Le but de cette philosophie de vie est de maintenir le bébé le plus longtemps possible dans une sorte de cocon qui facilite la transition entre le monde réel et le paradis de la bulle utérine. Elle s’appuie sur la théorie de l’attachement développée par John Bowlby dans les années 60.

Prolactine : l’hormone du maternage

La prolactine est l’hormone phare du maternage. Elle initie et maintient la lactation. Elle diffuse l’amour maternel au nouveau-né, en étroite association avec l’ocytocine – il y a donc danger si l’ocytocine est réduite ou fait défaut.

Pour plus d’infos sur l’ocytocine, voir nos articles : Accouchement physiologique et « maternités Nature » et La séparation à la naissance : pourquoi il faut l’éviter.

Cette hormone est très ancienne, on la retrouve chez les mammifères mais aussi chez les ovipares : c’est par exemple cette hormone qui entraîne la construction du nid chez les oiseaux, ainsi que les comportements agressifs de protection des petits chez la plupart des animaux. Notons aussi qu’à la naissance, elle participe à la maturation des poumons du nouveau-né.

Réponses aux critiques du maternage proximal

Les principaux points du maternage faisant l’objet de critiques sont : 

  • Répondre systématiquement aux pleurs du bébé – contrairement à l’adage classique, laisser pleurer bébé ne l’aide absolument pas à se faire les poumons. Au contraire, cela entraîne un afflux d’hormones toxiques et destructrices dans le cerveau. Le bébé apprend que s’exprimer ne sert à rien puisque ses besoins primaires ne sont pas remplis malgré ses multiples appels.  Il va avoir tendance à se renfermer sur lui-même, à devenir « l’enfant sage » qui devrait tant inquiéter les parents, plutôt que de les réjouir. En revanche, répondre aux pleurs du bébé, c’est subvenir à ses besoins fondamentaux (ce à quoi on s’engage quand même quand on décide de faire un enfant, ou de le garder en cas de grossesse surprise). C’est aussi favoriser le maintien et le développement du lien avec la figure d’attachement – conditions primordiales à la création de la sécurité affective, sans laquelle un enfant ne pourra s’intégrer au monde.
  • Le porter à la demande – la proximité avec la figure d’attachement rassure considérablement le tout-petit qui n’est pas encore prêt à affronter le monde, se retrouvant propulsé dans le grand et effrayant inconnu après la chaleur confortable, rassurante et exclusive de la vie intra-utérine. Cela lui permet de s’endormir apaisé et sécure – or, le sommeil du bébé a une importance considérable dans son bon développement corporel et cérébral, il est donc essentiel d’en préserver la qualité et de veiller à ce que l’enfant dorme en quantités suffisantes. 

Le portage permet en outre d’inclure bébé dans les activités parentales, ce qui permet d’éveiller son intérêt tout en lui permettant de ne pas se sentir isolé. Attention simplement, quand bébé grandit, à penser à lui ménager des temps où il peut s’éveiller au monde dans un autre espace.

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Accouchement physiologique et « maternités Nature »

La physiologie

C’est une des nouvelles sciences modernes, dont l’étude n’a commencé qu’après les années 50. Elle prend sa source dans les théories de naissance non violente développées par Frédéric Leboyer et Bernard This. Un des principaux avocats de l’accouchement physiologique est d’ailleurs Michel Odent, qui fut élève de Leboyer. Il décrit ses idées dans son livre « L’amour scientifié », paru en 1999. Un ouvrage particulièrement intéressant et interpellant, qui nous apprend bien des choses sur les secrets de l’accouchement au naturel, et notamment sur l’impact du fonctionnement du cerveau et des hormones.

La physiologie concerne donc aussi bien l’évolution corporelle, notamment des tissus mous (comment réagit le corps de la femme, si l’anesthésiste ne s’en mêle pas, et si le gynécologue n’impose pas ses principes), que les phénomènes chimiques (déploiement d’hormones au niveau du cerveau) qui sont absolument fondamentaux si l’on veut comprendre et respecter le processus naturel.

La physiologie c’est, pour reprendre la définition d’un célèbre dictionnaire français, « la science qui étudie les fonctions normales des organes et des tissus des êtres vivants ». Par « normal », on entend ce que la Nature avait prévu pour l’humain, pas ce que la médecine a développé et considère aujourd’hui comme normal – par exemple, la position gynécologique « normale » recommandée, pour ne pas dire exigée, dans les salles d’accouchement classiques, n’a rien de naturel. Autrement dit, la physiologie obstétrique, telle que la décrit et la développe Odent dans son livre, c’est étudier ce que la Nature a prévu pour les femmes qui accouchent.

Odent insiste particulièrement sur l’impact du néo-cortex, et en quoi les techniques d’accouchement classiques favorisent sa pleine action. Le néo-cortex est sur stimulé et mis en alerte par les salles d’accouchement classiques, il provoque des décharges d’adrénaline qui viennent contrer, freiner voire stopper les afflux d’ocytocine. L’inhibition néocorticale est propre à l’espèce humaine : elle est la seule, parmi tous les mammifères, chez qui le néo-cortex est si développé. La physiologie préconise de neutraliser, le temps de l’accouchement, ce néo-cortex, afin de revenir à des méthodes d’accouchement anciennes et naturelles. Tout doit être mis en œuvre pour cet endormissement du néo-cortex, et pour que la femme parturiente entre dans un autre état de conscience, « dans un autre monde », oublie les acquis et les exigences sociaux, et retrouve un comportement instinctif plus proche de l’animal.

Plus proche de nous dans le temps, les observations de Bernadette de Gasquet ont également participé au développement de ces nouvelles pratiques plus respectueuses. B. de Gasquet est professeur de yoga et auteure renommée spécialisée dans la féminité et les différents aspects, notamment physiologiques, de la maternité. Elle préconise entre autres de ne pas imposer de position à la femme accouchant, et surtout pas la position gynécologique classique qu’elle présente comme étant absolument anti-naturelle et même dangereuse (puisqu’elle favorise la détérioration du périnée et la descente d’organes).

La physiologie va à l’encontre de toutes les influences historiques et culturelles qui interfèrent avec l’accouchement. L’accouchement physiologique est l’exact opposé de l’accouchement médicalisé, assisté, contrôlé. C’est un accouchement libre, respectueux, naturel, autonome et spontané.

Les salles nature

femme debout dans salle accouchement

Ces dernières années, un sursaut de conscience étreint de plus en plus de mères et de praticiens, ce qui a favorisé le développement de salles Nature dans les maternités, où l’on pratique des accouchements physiologiques, respectueux, avec des pratiques moins médicalisées, moins technicisées, et plus proches d’un accouchement naturel.

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